Astérix, Le Papyrus de César ( Didier Conrad / Jean-Yves Ferri)

Toujours plein d’humour, de gags et de bastons ! 15/20

Synopsis :

Alors que César écrit La Guerre des Gaules, son conseiller Promoplus lui suggère de ne pas inclure un chapitre consacré aux irréductibles Gaulois d’Armorique, dont la résistance entache la réputation guerrière de Rome et de César lui-même. Malgré le succès de l’ouvrage, un exemplaire unique du fameux chapitre survit et, grâce au colporteur de nouvelles Doublepolémix, fait son chemin jusqu’au village d’Astérix et compagnie…

Extraits :

Panoramix: Chez les gaulois, le savoir s’est toujours transmis de bouche de druide à oreille de druide.

Obélix: Ah? Comme la grippe?

Astérix Je sens que le voyage va être long…

– Toi, écrire? Quand tu as déjà du mal à déchiffrer le petit papyrus des commissions?

– MOI, j’…?

–Allons, allons, du calme ! Je vous rappelle que l’écriture concerne surtout les Grecs et les Romains. Nous autres, Gaulois sommes avant tout de tradition orale et…

– ça, c’est vrai qu’à part discuter…

La critique :

  Le Papyrus de César, s’il est le produit de la collaboration de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, n’en est pas moins une continuation fidèle de la série d’Uderzo et Goscinny. Didier Conrad, dessinateur chevronné, offre une copie conforme du trait caractéristique d’Uderzo, sans chercher à dénaturer les personnages adulés du public depuis plus de cinquante ans. De son côté, Jean-Yves Ferri produit un scénario digne des meilleurs albums écrits par Goscinny, tout en multipliant les références méta-textuels à la série elle-même (rappelant les événements d’Astérix en Corse, Astérix en Hispanie, Le Domaine des Dieux, Le Bouclier Arverne, et d’autres) par le biais du fameux papyrus de César, qui est consacré à l’opposition des irréductibles d’Armorique, montrant ainsi sa connaissance et son respect de l’œuvre. L’album n’est donc pas juste un nouveau volume des aventures d’Astérix, mais aussi une rétrospective, et un hommage.

Comme dans tout bon album d’Astérix, l’humour est omniprésent et suit certains principes constants. L’anachronisme, tout d’abord, est non seulement la raison pour bon nombre de gags, mais aussi pour l’intrigue elle-même : lorsque César publie La Guerre des Gaules, dans une ambiance qui rappelle les salons littéraires modernes, c’est le journaliste (« colporteur de nouvelles ») Doublepolémix qui récupère le chapitre censuré et l’amène aux Gaulois, tout en espérant obtenir un scoop. Plus subtilement, c’est la transposition des attitudes stéréotypées des français modernes que l’on retrouve chez Astérix et ses compatriotes, d’une certaine vivacité de mœurs à une grande fierté. À part l’anachronisme, on retrouve les mêmes outils humoristiques que dans n’importe quel volume d’Astérix : jeux de mots (en ce qui concerne les noms des personnages, surtout), et déformation de la vérité historique pour créer des situations amusantes (comme nous l’avons dit plus haut, la publication de La Guerre des Gaules, et la conquête de la Gaule en général).

Enfin, il est intéressant de noter que Le Papyrus de César ne se contente pas de présenter une nouvelle aventure d’Astérix, mais fait aussi partie de ces volumes qui développent le monde antique selon Goscinny et Uderzo. Ainsi, une large part de l’album explore et étoffe le monde druidique, déjà représenté dans des volumes précédents, plus particulièrement dans La Serpe d’Or et Astérix chez les Goths. Par ailleurs, un personnage généralement secondaire, le barde Assurancetourix (qui a cependant eu à au moins deux reprises une place importante dans les aventures d’Astérix, et est l’un des personnages les plus célèbres de la série) a un rôle crucial dans la résolution de l’intrigue.

Le Papyrus de César, en définitive, parvient à être fidèle et innovateur, et doit se lire comme un hommage et une série de références plus que comme une aventure, même si l’intrigue est compétente et fonctionnelle même sans une large connaissance de la série.

L’auteur :

  Jean-Yves Ferri est un auteur de bande dessinée français, grand contributeur du magazine Fluide Glacial et créateur des séries Aimé Lacapelle et Le Retour à la terre ; avant le Papyrus de César, il écrit aussi le scénario d’Astérix chez les Pictes. Didier Conrad est un auteur de bande dessinée français, qui travaille longtemps au Journal de Spirou, où il est le protégé de Franquin (Le Papyrus de César contient d’ailleurs un hommage à Franquin, les instruments d’Assurancetourix rappelant ceux de Gaston Lagaffe) ; il collabore déjà avec Ferri sur Astérix chez les Pictes.

Le détail :

  Le Papyrus de César est le second album de la série à n’être ni scénarisé ni dessiné par Albert Uderzo, qui a assuré la réalisation des albums seul entre 1977, année de la mort de René Goscinny, et 2011, année où Uderzo a pris sa retraite. Cependant, Didier Conrad imite à la perfection le trait caractéristique d’Uderzo, et Jean-Yves Ferri émule avec talent l’humour de Goscinny, pour un résultat qui ne détonne pas du tout avec le reste de la série.

La parenthèse :

  Les lecteurs qui auront apprécié Le Papyrus de César ont l’embarras du choix en ce qui concerne la série Astérix le Gaulois : nous conseillons en particulier les albums Le Tour de Gaule d’Astérix, La Zizanie, et Le Domaine des Dieux, qui traitent de sujets semblables, à savoir le choc culturel entre Rome et la Gaule, le bouleversement des habitudes d’Astérix et son village, et la transposition de tendances modernes dans un contexte antique. Pour les amateurs de l’humour présent dans Astérix, nous suggérons de lire Iznogoud, de Goscinny et Tabary, qui suit des principes similaires, mais dans le contexte du Moyen-Orient des Mille et Une Nuits.

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