Double vengeance (Franck Andriat)

La vengeance est un plat qui se mange froid … 19/20

Résumé :

Double vengeance (Mijade): La vie « tranquille » d’un immeuble est brisée lorsqu’un email a un effet boule de neige sur l’ensemble de ses occupants. Alors qu’un adolescent semble être le coupable parfait du meurtre de l’un des habitants, Laurent mène sa propre enquête perçant à jour les comportements de chacun …

La critique :

Qu’est-ce que la vengeance ? Il s’agit d’une action visant à se dédommager d’un affront, d’un préjudice. Qui pourrait croire qu’un roman principalement destiné aux adolescents puisse soulever la question de la vengeance avec autant de puissance ? C’est avec beaucoup de recul que je vous livre ici mon avis sur le livre de Frank Andriat.

Il a suffit d’un mail pour que la vie paisible d’un quartier  soit totalement chamboulée et que tombe le masque. L’auteur réussit à recréer par ses multiples descriptions un microcosme qui reflète notre société actuelle. En ne donnant que peu d’informations sur le lieu où se déroule l’histoire, l’auteur rend celle-ci totalement universelle. Elle est également due aux multiples personnalités que le jeune Laurent rencontre au cours de son récit. Franck Andriat, grâce à sa plume, nous plonge au cœur même de cet immeuble, avec l’impression d’être spectateur devant une pièce de théâtre.

À travers la galerie de résident , on retrouve donc tous les profils de notre société : le couple de personnes âgées, la maman solo, le célibataire taciturne, les familles aux origines multiples, le couple homosexuel, … Ayant moi-même grandie dans un immeuble , je retrouve ici certaines attitudes typiques et des profils : l’amitié qui se crée entre paliers, la solidarité mais aussi l’ignorance entre voisins, la méfiance … L’imagination de l’auteur vient rajouter ce grain de sable qui vient tout chambouler. 

Le style choisi, les courtes phrases, l’importance des petits détails, … tout est fait pour une montée en puissance du suspense . Il est difficile d’évoquer le pourquoi du comment sans spoiler l’histoire. Mais, tout comme les grands polars, l’auteur a les mots justes pour créer le suspens. Il allie enquête de police et enquête sociologique pour expliquer le passage à l’acte du jeune Laurent car ce qui aurait pu être une mauvaise blague tourne au meurtre. L’auteur joue les profilers en décortiquant les comportements des protagonistes de ce huis-clos, jouant sur une palette d’émotions savamment servie par des réparties savoureuses. En suivant le parcours de notre « héros », nous sommes, en effet, amenés à passer du rire aux larmes, de la colère à la stupéfaction, … en compagnie de ces personnages haut en couleurs malgré la situation tragique dans laquelle nous les rencontrons.

Franck Andriat n’a rien a envier aux plumes actuelles pour la mise en scène de son histoire : il excelle dans ce huis-clos. Ainsi, tout au long de l’histoire, nous avons la sensation d’être au cœur de chaque scène. Comme une petite souris qui assiste secrètement aux événements. Il suffit de fermer les yeux pour imaginer le bruit des pas dans les escaliers, d’entendre les conversations sur le pallier entre voisins. La chute étant totalement inattendue, toute l’enquête est menée d’une main de maître : ici pas de sang mais un thriller psychologique qui ravira ados et plus âgés, novices ou fanas du genre.

Car, le vrai sujet n’est pas la mort et son impact mais bien la vengeance. A lui seul ce sentiment fait de ce livre une petite pépite. Vengeance contre le racisme, l’ignorance, la moquerie, l’agression verbale/physique. Franck Andriat amène chaque lecteur à une profonde réflexion sur la vengeance, son rôle, son impact et cette histoire résonnera en chacun pour des raisons diverses tant l’histoire remue.

Nous nous retrouvons face à nos propres à priori, peurs et révoltes. Chaque personnage est une part de nous-même, de nos défauts inavouables à nos plus belles qualités. Le fait de mettre en scène l’histoire du jeune Laurent (ralala ce n’est pas facile de vous dévoiler toute l’histoire sans vous raconter la fin !) nous renvoie à notre propre vision de la vengeance, du Bien et du Mal. On a de la peine lorsque les personnes ont malmenées. On a envie de crier de rage à cause du comportement d’autres. Puis, on finit lessivé, tellement la chute est haute mais tellement inattendue et bien écrite. 

Si vous souhaitez un bon roman, court et intense, à glisser dans votre valise pour cet été, foncez chercher ce bijou. J’ai dévoré pendant très longtemps des polars et beaucoup d’entre eux n’avaient pas la profondeur de celui-ci. Le côté sociologique est un régal et est très réaliste. Vous ne ressortirez pas indemne de la chute finale …

L’auteur :

Né en Belgique, Franck Andriat est écrivain qui partage sa vie entre l’enseignement, les romans et les essais. Principalement destinés aux jeunes lecteurs, ses œuvres sont éditées depuis la fin des années 80.

Le détail :

Le premier article de la déclaration des droits de l’Homme est : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Chaque pays lutte contre les discriminations et ce, même au niveau européen. Ainsi, établie en 1993, la Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance (ECRI) examine les différentes mesures prises dans chaque état membre.

La parenthèse :

La vengeance à fait l’objet de bon nombre d’études. Bien souvent, celle-ci résulte d’un mécanisme de défense primitif. Inconsciemment, il y a un principe de réciprocité : il faut que l’autre ressente ce que la personne blessée ressente.

Des philosophes se sont penchés sur ce vaste sujet mais également des hommes de Lettres. Tel Pierre Corneille qui dans son oeuvre L’illusion écrit à juste titre pour notre roman : « Qui cache sa colère assure sa vengeance ».

Magalie pour MassCritics

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