Du haut de mon cerisier (Paola Peretti)

On ne voit bien qu’avec le cœur : l’essentiel est invisible pour les yeux (Saint-Exupéry) 20/20

Synopsis :

Mafalda vit dans un brouillard qui s’épaissit peu à peu. Du haut de son jeune âge, cette petite fille profite des quelques jours qui lui restent pour s’échapper tout en haut d’un cerisier, un endroit où elle sera seule. Mais la vie lui réserve bien des surprises jusqu’au jour j.

La critique :

Il y a des livres coup de poing, ceux qui vous travaillent longtemps après avoir tourné la dernière page. Est-ce le thème, le fait de savoir que le livre a été comme une thérapie pour l’auteur ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, ce livre est à mes yeux un vrai diamant (oui oui, la pépite c’est ridicule à côté). Tout y est juste et bouleversant.

L’histoire, c’est celle de Mafalda. Une petite fille qui vit avec une maladie dégénérative occulaire qui la plonge chaque jour un peu plus dans un brouillard qui porte le nom d’un ophtalmologue. Mais elle ne se résigne pas pour autant à ne pas vivre sa vie de petite fille et a des rêves pleins la tête. Elle fait preuve tout au long de l’histoire d’une force de caractère qui est absolument magnifique et qui rendrai jalouse plus d’une personne. Ce petit bout est loin d’être naïve et connait son état de santé et ces conséquences mais ne baisse pas les bras. On la suit dans sa vie quotidienne, ses émotions, ses envies et ses craintes sans jamais tomber dans le pathos. Et c’est un très beau tour de force de la part de l’auteur compte tenu du sujet.

L’auteur évoque également l’impact du handicap sur l’entourage de la jeune Mafalda. En effet, si la jeune fille accepte sa situation, l’auteur met en exergue la difficulté des parents à accepter la situation, celle des amis qui rejettent l’enfant. Il est également question pour un personnage secondaire de maladie (cancer du sein) et le sujet est évoqué avec délicatesse. En effet, comme pour Mafalda il n’est jamais évoqué le mot de maladie. Il y a toujours un subterfuge pour prononcer différemment les choses. L’auteur prouve là aussi toute son ingéniosité. Réussir à parler de la maladie avec un œil d’enfant tout en sensibilisant à  l’importance du soutien.

De fait, l’auteur fait de ce livre un livre sociétale mais à la portée des jeunes. Car au-delà du sujet de la maladie, il est question tout simplement de l’acceptation de soi et de l’acceptation des autres. On ressent bien à travers les mots, les expressions utilisées que l’auteur y a mis ses tripes. Même s’il n’est jamais question d’autobiographie l’auteur met bien en avant les difficultés et les questionnements qu’elle même a dû avoir.

Par ailleurs, tout au long du livre Paola Peretti met en évidence l’importance de la culture comme échappatoire au quotidien et la (re)découverte des sens. Ainsi, la littérature sert de lien entre l’enfant et son père. Entre l’enfant et son désir de se réfugier, tel Le Baron Perché, en haut du cerisier de son école. Elle est aussi source de découverte à travers l’apprentissage du braille avec Le Petit Prince et tout ce que ce livre regorge : l’apprivoisement.

Aussi, chaque référence est soigneusement choisie et incite à la curiosité, sentiment que nourrie la jeune Mafalda. L’auteure joue sur les textures qu’elles soient musicales ou touchées en utilisant le piano comme moyen d’expression pour celui qui deviendra le meilleur ami de notre jeune héroïne. Elle en profite pour faire la part belle aux chocs intergénérationnels du point de vue culturel en opposant les morceaux de classique et les reprises des Beatles. Elle donne vie aux émotions ressenties par Mafalda et le côté autobiographie/écrit thérapeutique renforce les émotions, alors qu’il est déjà très facile d’avoir la larme à l’œil à chaque page.

En outre, l’une des autres forces de ce roman, c’est son universalité. Que l’on soit jeune, moins jeune, malade ou non, qu’on aie une personne handicapée ou non dans son entourage, chaque mot et situations sont des situations que l’on a déjà vécues, entendues ou lues. Et celles-ci sont renforcées par la multitude de symboles que glissent l’auteure au fil des pages. La douleur de perte d’un être cher, la solitude, la détermination, la peur et l’acceptation sont remarquablement retranscrits.

Comme chaque événement, Paola Moretti joue sur les montagnes russes. Le déni, l’acceptation, la colère … Les émotions sont personnifiées (le courage par Estella, la confiance en soi par Filippo, la force par le cerisier, ….) et chaque nom de chapitre est un décompte de pas qui révèle la dégradation de l’état de Mafalda qui a comme point de repère la distance à laquelle elle peut encore distinguer le cerisier. Ainsi, malgré la dureté du sujet, le livre de Paola Peretti fait parti de ces livres qui, sans se définir comme tel, sont des livres initiatiques et philosophiques.

J’ai la larme facile, je le proclame haut et fort et ce livre a déclenché en moi un torrent d’émotions. Il est profond, juste, beau. Thérapeutique pour l’auteure, quasi philosophique sur certains aspects. Je défie quiconque de le lire sans avoir un seul pincement au cœur. Si vous ne deviez retenir qu’une seule référence en ce début 2019 dans la catégorie « jeunesse », c’est celle-ci.

L’auteur :

Paola Peretti est une trentenaire italienne. Diplômée de journalisme et en édition, elle travaille en tant qu’enseignante tout en écrivant. Tout comme Mafalda, elle vit avec une maladie génétique rare qui provoque une perte progressive de la vue.

Du haut de mon cerisier est paru aux éditions Gallimard en Mars 2019.

Le détail :

Le père de Mafalda lui donne le goût de la lecture en lui lisant son livre préféré, Le Baron Perché d’Italo Calvino. Un livre mondialement connu et intergénérationnel par son écrit et son contenu. Il a d’ailleurs été adapté aussi bien en film qu’en création musicale sortie en 2018.

La parenthèse :

L’handicap est un toujours un sujet délicat à s’approprier mais plusieurs auteurs ont évoqué ce sujet dans leurs écrits. Parmi eux, on retrouve des témoignages (Anne-Dauphine Juilliand et son livre Deux petits pas sur le sable mouillé) ou des livres pour les plus jeunes comme Le Coeur en Braille de Pascal Ruter et Anne Montel qui a été adapté au cinéma en 2016.

Magalie pour MassCritics.

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