Handsome Harry (James Carlos Blake)

« Harry le Magnifique » 16/20

Le synopsis :

A travers le regard et les souvenirs de « Handsome » Harry Pierpont, voici la relecture des « exploits » de John Dillinger et de sa bande. Si ce dernier en était le leader médiatique, celui qui attirait la lumière, à l’intérieur du gang rien ne se faisait sans l’aval d’Harry. S’inspirant de l’histoire réelle de Dillinger, James Carlos Blake nous offre braquages, courses-poursuites et évasions. Mais aussi une vision du rapport de la société de l’époque face à ces gangsters vedettes qui ont défrayé la chronique.

La critique :

L’époque de la prohibition est propice au polar tant elle était trouble et favorable aux crimes et bandes organisées. Parmi celles-ci, le gang de John Dillinger est un des plus tristement célèbres.

Habituellement, les romans se déroulant à cette période de l’histoire américaine n’ont pas mes faveurs. C’est donc avec une certaine retenue que j’ai ouvert ce livre. Mais après quelques pages seulement, j’ai été complètement happé par la plume et l’intrigue de Blake.

En choisissant d’écrire son roman à la première personne, l’auteur nous plonge directement au cœur de l’action, faisant de nous les auditeurs privilégiés des souvenirs de Harry.

En outre, la plume de Blake est très riche. On sent l’auteur complètement habité par cette période dont il maîtrise toutes les ficelles. Les dialogues semblent ainsi sortis d’une véritable confession d’époque. De plus, les descriptions faites par Blake sont également très réussies. Riches sans jamais être pesantes, elles ne ralentissent jamais ni le rythme du récit, ni celui des personnages.

C’est d’ailleurs dans ces personnages que réside la principale force de ce roman. Dès le départ, certains protagonistes sont clairement identifiés comme complètement négatifs. La plupart des autres sont beaucoup plus nuancés. Ainsi, tous ont à choisir entre rester sur les rails ou basculer du côté des criminels à un moment ou à un autre.

Handsome Harry présente ses complices comme une bande de voleurs uniquement intéressés par l’argent, les jolies filles et la fête. Mais l’adrénaline liée à chacun de leurs coups devient de plus en plus addictive. Ils deviennent alors de plus en plus violents et de moins en moins prudents. James Carlos Blake réussit à nous faire apprécier et détester des personnages d’une page à l’autre et inversement. On se familiarise vite avec Harry, John, Red, Russel, Charlie et les autres.

Par ailleurs, l’ambivalence créée par Blake envers ses personnages ne fait que les rendre encore plus vrais face au « véritable héros », au sens premier du terme, qu’est l’agent Reach, représentant de la loi au physique ingrat et au bégaiement nerveux. L’empathie que nous pouvons ressentir pour les criminels n’est qu’amplifiée lorsque nous rions de ce pauvre diable à leurs trousses.

Ce roman se lit à cent à l’heure comme les actes du gang. Il est impossible de lâcher ce livre, toujours à vouloir connaître le déroulement de leur prochain braquage, mais aussi de leur prochaine soirée. Sous la plume de Blake, chaque action est intéressante et on ne s’ennuie jamais à suivre les aventures de John Dillinger et des siens. Ou plutôt de Handsome Harry et des siens…

L’auteur :

Né en 1947 au Mexique, James Carlos Blake a exercé de nombreux métiers avant de devenir écrivain. Il fût mécanicien, professeur ou, plus étonnant, chasseur de serpents. Il aime brosser les portraits de bandits comme le hors-la-loi John Wesley Hardin dans l’Homme aux pistolets. Handsome Harry (Gallmeister) marque son retour au roman d’époque après la trilogie contemporaine Wolfe.

Le détail :

On peut remarquer l’extrême précision dans le choix des véhicules que volent ou achètent Harry et les siens. Loin de se contenter de citer une marque ou un type de véhicule, James Carlos Blake le décrit toujours plus ou moins brièvement selon l’attrait qu’en a le personnage. Serait-ce une projection de son passé de mécanicien et d’un amour des belles américaines ?

La parenthèse :

Depuis toujours, la figure du gangster est utilisée à contre-emploi, de manière à en faire une figure héroïque. Ce type de personnage est même assez souvent le favori du public qui se retrouve plus dans un anti-héros déchiré par sa condition que dans un héros trop parfait et lisse pour être réel. Dillinger, Capone, Bonnie et Clyde deviennent des versions modernes de Robin des bois quand Dracula est devenu une icône romantique dans un autre genre. De nos jours, les braqueurs de banque et autres bandits de grands chemins ont laissé place à des personnages encore plus sombres, les tueurs en série, qu’ils soient fictifs (Dexter) ou réels (Manson, Bundy, Gein). L’attraction des gens pour le « Bad guy » n’a jamais été aussi forte.

Sébastien L. de MassCritics

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