Il était une fois dans l’Est (Arpad Soltész)

«Le bon, les brutes et les truands » 15/20

Le synopsis :

Il était une fois dans l’Est : Véronika, 17 ans, est enlevée et violée par 2 hommes alors qu’elle faisait du stop dans l’est de la Slovaquie. Après 4 jours d’enfer, la jeune fille parvient à s’enfuir. Elle décide de porter plainte mais, ses agresseurs sont sous la protection de personnes influentes ayant intérêt à ce qu’elle disparaisse pour de bon.

Soutenue par Miko, Valent et Kovàc, flics intègres mais aux méthodes non conventionnelles ainsi que par Schlesinger, journaliste, Nika essai d’échapper à ses poursuivants dont une partie sont des policiers ou des agents du renseignement gangrenés par la corruption d’un pays en pleine reconstruction. La jeune fille, mise en sécurité dans un hôtel protégé par des « amis » de Miki et Valent, rencontre Robert alias Robo, personnage étrange qui va l’initier à la fabrication d’explosifs car, si la justice ne fait pas son travail, Nika, elle, n’oublie pas.

La critique :

Rugueux. Voilà le premier adjectif qui vient à l’esprit à la lecture de ce roman. D’autres suivent immédiatement comme noir, poisseux, réel car oui, ce livre ne peut laisser indifférent tant il s’inspire de la vie au sein de ce pays durant les années 90, après le régime communiste.

Dès les premières pages, l’auteur nous plonge dans les méandres de l’âme humaine et de la corruption qui a ravagé cet état naissant. La violence est partout et apparaît comme une façon de vivre commune pour les différents protagonistes du roman. Viol, assassinat, trafique en tous genres et pots de vin sont monnaies courantes ici. Si l’intrigue bien que solide reste relativement classique, elle n’est là que pour mettre en valeur la véritable force de ce récit, à savoir le réalisme malsain dans lequel elle baigne grâce au talent de l’auteur et à une plume vive et complètement au service de ses personnages. Les nombreux détails concernant les régimes politiques et l’organisation de la chaîne corrompue de la justice slovaque de l’époque sont certes intéressants mais ont parfois tendance à alourdir le récit et à en casser le rythme.

Les protagonistes de ce roman vivent donc dans une société en pleine reconstruction qui semble ne leur offrir aucune échappatoire « honnête » et ils doivent donc se destiner à devenir criminels ou à vivre dans la misère et la peur. Même les (anti-)héros sont parfois plus noirs que blancs dans leurs agissements quand ils n’hésitent pas à dépasser la frontière entre le bien et le mal, entre la justice et la vengeance, afin d’arriver à leurs fins.

Il Etait Une Fois Dans l’Est est donc un roman profondément sombre et dépressif qui ne concède que peu de place à la lumière. Bien que parfois trop chargé en détails, ce livre se lit rapidement. Quasiment sans reprendre son souffle. Arpad Soltész capte notre attention dès le prologue explosif jusqu’au final, troublant et tout aussi explosif.

N’attendez pas à pouvoir vous identifier ou ne serait-ce que vous accrocher à l’un ou l’autre des personnages. Tous ont une part d’ombre qu’ils dévoilent plus ou moins au cours de ce roman. Vous n’aurez pas envie non plus de visiter la Slovaquie, née sous de mauvais auspices, que l’auteur nous présente ici. D’ailleurs, ce n’est pas son but, lui qui cherche plutôt à démontrer la rudesse de la vie dans ce pays où justice et criminalité semblent liées de la base jusqu’au sommet de la société, fauchant ceux qui se trouvent sur leur passage dans le seul but de faire du profit.

Une bonne surprise que ce premier roman d’Arpad Soltész navigant entre polar et roman noir. Un livre bien écrit et extrêmement bien documenté à ne pas mettre entre toutes les mains.

L’auteur :

Journaliste spécialisé dans le crime organisé, la politique et les privatisations sauvages des années 90, Aprad Soltesz est né en 1969 en Tchécoslovaquie. Il a fondé et dirige le nouveau centre slovaque pour l’investigation journalistique auquel il a donné le nom d’un collègue assassiné en 2008. Il utilise son premier roman comme un exutoire à ce qu’il vit et découvre chaque jour. On peut donc penser qu’une bonne partie de ce roman est inspirée par des faits et non sortie de son imagination.

Lauréat du Prix du Premier Roman Slovaque, Il Etait Une Fois Dans L’Est (Agullo) est également un best-seller dans son pays d’origine.

Le détail :

Il Etait Une Fois Dans L’Est, le titre annonce la couleur. Placé sous l’influence du chef-d’œuvre de Sergio Leon, le roman d’Arpad Soltesz a effectivement des faux airs de western moderne et noir avec sa panoplie de méchants patibulaires et, pour certains, abrutis ; ses shérifs/policiers durs et impitoyables ainsi que sa dame/jeune fille en détresse sous les traits de Nika, la vraie héroïne du roman

La parenthèse :

Si les pays des Balkans ont beaucoup inspiré les auteurs de polar/thriller (Philip Kerr avec La Dame De Zagreb ou Prague Fatale ; Didier Daeninckx avec Un Château En Bohème ; Mattias Köping avec Le Manufacturier et même Fred Vargas dans Un Lieu Incertain), les pays de l’ex-Tchécoslovaquie restent un peu à l’écart. Ce premier roman d’Arpad Soltész remettra certainement les pendules à l’heure et mettra en lumière cette Slovaquie qui devrait pouvoir inspirer les maîtres du genre.

Sébastien L. pour MassCritics

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