La Crête des damnés (Joe Meno)

Should I stay or should I go ? 12/20

Le synopsis :

La Crête des damnés, c’est la crête iroquoise, popularisée par le mouvement punk, dont elle est la coiffure emblématique.

C’est aussi le titre du dernier opus de Joe Meno : l’histoire d’un ado, Brian Oswald, 17 ans, des quartiers sud de Chicago qui découvre le punk dans les années 90. À travers les expériences et ruminations de Brian, archétype du lycéen insignifiant et loser comme il en existe dans toutes les villes du monde et à toutes les époques, qui se rêve en rock star, et de sa meilleure amie Gretchen, grosse costaude bagarreuse, fan de punk et rebelle jusqu’à la racine de ses cheveux roses, Joe Meno décrit les premiers émois amoureux et leur fin, la recherche d’une identité et de son âme… L’âme du livre, c’est le punk et le rock. Bourré de références, de cassettes compilées, le livre est punk, jusqu’à la langue rythmée et crue, rebelle à l’autorité, à toute autorité…sauf peut-être à celle des hormones !

La critique :

Joe Meno réussit à faire sonner les mots et résonner les tourments de cette génération nineties dans une langue rythmique et osée, sur une bande son punk-rock des Ramones à Motorhead en passant par The Clash, AC/DC ou encore Guns N’Roses… celle du rock dur et du punk qui émerge et qui permet d’exulter sa rage…tout un programme que son Brian Oswald compile sur une cassette pour tenter d’intéresser à défaut d’emballer Gretchen, sa meilleure amie.

Avec La Crête des damnés (Agullo), Joe Meno nous embarque, encore une fois, dans un nouvel univers littéraire. Celui d’un adolescent (âge ingrat) délaissé, un peu loser, beaucoup puceau, qui parcourt les banlieues du Chicago des années 90 à la recherche de son âme sœur, voire de son âme à lui. Car, pour lui plus rien n’a de sens, sa vie familiale part en sucette, il a un physique de raton laveur, ravagé par l’acné, est gouverné par ses hormones et obsédé par deux choses : les filles et la musique. Il est pourtant étrangement attachant et touchant par sa naïveté et ses illusions, surtout quand il tente d’inviter son amie Gretchen, dont il est tombé amoureux, au bal de promo. Mais comment lui, un adolescent acnéique et myope peut-il s’y prendre pour séduire cette fille un brin enrobée, au look destroy, désabusé et destructeur ?

Pour autant, alléchée par le titre et la 4ème de couverture, je n’ai pas ressenti l’enthousiasme attendu. Certes, ça dépote, ça pogote, ça décoiffe (à l’iroquoise), ça grince (des dents), ça sniffe…et j’en passe. On revit et ressent avec un humour déjanté, un peu l’humeur de l’époque : les injustices, les ratés, les clivages raciaux qui persistent, les familles déstructurées qui éclatent dans l’indifférence, la quête d’identité et de sens de l’adolescence… De ballades flemmardes en bagarres gratuites et avinées, de bisous baveux en étreintes hésitantes et rudimentaires, de reniements en désillusions, mon intérêt a décru au fil des pages. Dommage, car l’écriture punchy, spontanée, vaut le détour et le regard de l’auteur sur ce passé, pas si lointain, apparaît acéré, douloureusement lucide et convaincant.

Donc, si les années 90 vous tentent par nostalgie ou par envie, suivez Brian et expérimentez, cherchez, revendiquez votre identité…écoutez cette musique qui passe bien sûr par le look qu’il faut arborer pour être intégré.

L’auteur :

Joe Meno, né en 1974, est un écrivain, dramaturge et journaliste américain. Après avoir fréquenté le Columbia College de Chicago, il travaille comme chauffeur livreur et professeur dans un centre de détention pour mineurs. Il publie, en 1999, un premier roman intitulé Tender as Hellfire. Par la suite, il publiera d’autres récits, notamment policiers, comme Le Blues de La Harpie, 2001, un roman qui narre la difficile réinsertion d’un criminel dans une petite ville de l’Illinois. Par ailleurs, il écrit également des pièces de théâtre et des nouvelles. Il a reçu le prestigieux prix Nelson Algren 2003 et le Prix Transfuge 2018 du meilleur polar étranger pour Prodiges et miracles, 2015.

Il enseigne au Columbia College et collabore comme journaliste au magazine Punk Planet, au New York Times et au Chicago Magazine.

Le détail :

Son dernier opus, La Crête Des Damnés, évoque le thème universel du passage de l’enfance au monde adulte, sur fond d’une bande sonore endiablée où l’on retrouve quelques classiques de groupes punks comme The Clash, The Ramones ou The Misfit, ou de hard rock comme Guns N’Roses, AC/DC ou plus surprenant, un morceau de Chet Backer interprétant Time After Time, un standard de jazz. Ce roman de Joe Meno paru aux Etats-Unis en 2004, n’a seulement été traduit en France qu’en 2019 par Estelle Flory.

La parenthèse :

Si vous aimez les héros tourmentés et rebelles, à la J. D. Salinger, comme Holden Caulfield de L’Attrape-Cœur, vous apprécierez Brian Oswald de Joe Meno.

Murielle Trouve pour MassCritics

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