La Faille du temps (Jeanette Winterson)

To be or not to be loved, jealous, mad…That is the question. 15/20

Le synopsis :

C’est une histoire qui court au moins depuis Shakespeare, auteur du Conte d’hiver que Jeanette Winterson se réapproprie dans La Faille du temps. Une histoire qui a commencé bien avant qu’un couple ne se désunisse, qu’une amitié ne fasse place à une jalousie criminelle, qu’un bébé n’atterrisse dans une boîte à enfants perdus. De cette histoire terrible, une faille s’ouvre pour que renaisse à l’heure d’aujourd’hui, les protagonistes de cette injustice.

Une petite fille est abandonnée et bannie de Londres dans une ville américaine dévastée par la tempête, la Nouvelle-Bohême. Son père a été rendu fou de jalousie, sa mère à l’exil de chagrin. Shep, un afro-américain et son fils, Clo, décident de la sauver et la baptisent Perdita, la fille perdue. Mais, par quel étrange destin, ce bébé est-il arrivé là ? Shep élève l’enfant comme sa propre fille…jusqu’à ses seize ans où l’amour entre en scène par sa rencontre avec Zel, un jeune garagiste, et marque le tournant d’une autre vie !

L’histoire est prête à se rejouer sur un air de blues… Sauf que l’histoire a déjà été écrite et que le destin n’aime pas trop qu’on vienne lui perturber ses lignes…

La critique :

Roman atemporel, sans temps mort, La Faille du temps, adaptation moderne, branchée voire culottée de la tragédie shakespearienne Le Conte d’hiver, retrace le destin de ces protagonistes et de leur triangle amoureux à la fois classique et étonnant de modernité. Ainsi, sous la plume de Jeanette Winterson, le roi jaloux Léonte devient Léo; un odieux financier londonien viril, paranoïaque et dévoré par la jalousie pour sa femme, Hermione, surnommée Mimi, une chanteuse à succès international. Son ami de toujours, le roi Polixène, devient Xeno; concepteur de jeux vidéo, un doux rêveur, alcoolique et fantasque, père de Zel (ex : Florizel).

Deux garçons, une fille, trois possibilités. Alors, quand la jalousie s’empare d’un des personnages, comme un cancer qui le ronge, la spirale devient infernale. En transposant l’intrigue au XXIème siècle, l’auteure démontre brillamment que les sentiments au fil des siècles restent immuables. Elle apporte dans cette libre adaptation, une touche de poésie et un regain de modernité qui font de cette lecture, un doux et pur moment de plaisir. La version de Jeanette Winterson vibre des échos de l’original de Shakespeare. Elle raconte une histoire de cœurs brisés et de cœurs guéris, une histoire de vengeance et de pardon.

De fait, j’ai lu ce livre avec intérêt. Comme s’il s’agissait d’un thriller, au suspense maintenu et prégnant bien que tout soit dit dans la pièce de théâtre, ce qui est bien le challenge réussi de l’auteur. Les émotions sont vraies, bien décrites et ressenties par le lecteur. En outre, l’écriture rythmée, vivante, vibrante, empreinte de philosophie, non dénuée d’humour grinçant, met en valeur et en scène, les sentiments d’amour, de jalousie, de haine qui jalonnent ce récit et donnent corps à l’histoire. Les personnages sont particulièrement étudiés jusqu’aux tréfonds de leurs personnalités ; ils se laissent aimer ou détester à loisir.

Pour tout dire, sans la première partie reprenant les éléments de l’œuvre Shakespearienne « L’Original », j’aurais pu être désorientée pour la suite du roman. Cependant, l’ensemble est habilement construit sur le modèle d’une pièce de théâtre en trois actes. L‘auteure referme, d’ailleurs, personnellement le rideau théâtral, comme un chœur antique, en expliquant les raisons de son choix.

Aussi, même si vous ne connaissez pas l’immense dramaturge qu’est Shakespeare – permettez-moi d’en douter-, vous serez captivés par ce roman extrêmement émouvantémotionnellement travaillé et profondément intelligent… C’est une superbe réflexion sur le pouvoir destructeur de la jalousie et de l’envie qui rappelle l’intemporalité du génie shakespearien et donne à voir l’immense talent de l’auteure.

L’auteur :

Née le 27 août 1959 à Manchester, Jeanette Winterson est une romancière britannique, surtout connue pour son roman Les Oranges ne sont pas les seuls fruits (1985).

En partie autobiographique, elle y raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent d’un humour mordant. Le roman a valu à Jeanette Winterson un statut d’icône féministe dans son pays. Il est lauréat du Whitbread Prize 1985. Adapté pour la télévision, il a eu un réel succès au Royaume-Uni. Il a également été traduit en français et dans plusieurs autres langues. Jeanette Winterson est l’auteure de nombreux romans dont certains sont sortis en France notamment: Arts et mensonges (1994), Écrit sur le corps (1992), Le sexe des cerises (1989).

Elle est professeur d’écriture créative à l’Université de Manchester depuis 2012. Jeanette Winterson s’est mariée avec la psychothérapeute Susie Orbach en 2015.

Le détail :

Les éditions anglo-américaines Hogarth ont proposé de revisiter certaines des pièces de Shakespeare à des plumes contemporaines, comme Tracy Chevalier, Jo Nesbo ou Margaret Atwood. et la réécriture du célèbre Conte d’Hiver  à Jeanette Winterson qui revisite ici une des dernières pièces de Shakespeare, adaptée à notre époque contemporaine.

La parenthèse :

En 2018, dans le cadre du bicentenaire des sœurs Brontë et à la demande de la ville de Bradford, Jeanette Winterson a été invitée avec quatre autres artistes britanniques – Kate Bush, Carol Ann Duffy et Jackie Kay – à écrire un poème pour orner une des douze pierres reliant la maison familiale des Brontë au presbytère de la famille. Son poème s’inspire de l’héritage de la fratrie.

Murielle Trouve pour MassCritics

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