La joueuse de go (Shan Sa)

Une oeuvre pleine de symbolisme, d’une beauté rare! 19/20

Le synopsis :

En 1937, nous découvrons les portraits croisés d’un homme et d’une adolescente, tous les deux réunis en Mandchourie Indépendante, une région alors voisine de la Chine. L’homme est un soldat japonais, dont l’aspiration est de servir avec gloire sa patrie. La jeune femme est une collégienne mandchoue, découvrant la vie dans une ville colonisée. A travers eux, à travers le go, deux âmes, deux pays s’affrontent pour nous livrer une bataille sans concessions.

La critique :

Ce livre, bien que reprenant des thèmes maintes fois abordés tels la guerre, l’amour, l’adolescence, est unique par la force et la beauté de son histoire. Pour commencer, la narration se fait à la première personne, chaque chapitre étant raconté alternativement du point de vue de la joueuse et du soldat. Cela ne perturbe pas la lecture, et les chapitres très brefs donnent beaucoup de rythme à l’histoire.

L’auteur dessine avec brio les deux protagonistes, réussissant par la même occasion à cristalliser l’esprit de deux nations sœurs ennemies. Le point de jonction se fait donc avec le go : personnage à part entière du roman, ce jeu de stratégie est le reflet de la guerre et du jeu de séduction entre les hommes et les femmes. La cohérence des deux histoires est renforcée à la fois par le cadre historique des évènements et par l’expression très poétique des deux personnages. C’est là, un autre point fort de La joueuse de go : le style de l’auteur. En effet, son écriture est entière, parfois crue et violente, mais d’une poésie incroyable. Le contraste avec la violence des sentiments des héros est saisissant.

Par ailleurs, La Joueuse de go est un roman plein de surprises. Je m’attendais à une romance classique, avec l’expression de bons sentiments. Que nenni! Point de niaiserie ou de sentimentalisme ici. Même amoureux (je ne dis pas de qui), les personnages principaux restent sans concessions envers eux-mêmes. Certaines scènes, très graphiques, sont d’ailleurs difficiles à regarder en face et choquent le lecteur.

Le roman, accrocheur, se lit assez vite. Si vous aimez la (les) culture(s) asiatique(s), vous serez charmé d’emblée. Si la poésie ne vous laisse pas indifférent, vous succomberez. J’avoue cependant avoir été quelquefois perdue dans les références historiques, car pauvres occidentaux que nous sommes, l’histoire de cette guerre ne nous est pas très familière… Mais dans l’ensemble, cela ne nuit pas trop à la compréhension de l’histoire.

En bref, pour ceux qui ne connaissent pas (encore) Shan Sa, La joueuse de Go est une belle entrée en matière dans son univers. Cette œuvre, pleine de symbolisme est d’une puissance et d’une beauté rares (je sais, je me répète, mais c’est ce qui caractérise le mieux cette histoire). Les héros, bien qu’étrangers et auxquels il est plutôt difficile de s’identifier (notamment en ce qui concerne l’officier japonais) n’en restent pas moins fascinants et attachants. C’est un roman qui a marqué mon adolescence et que je relis toujours avec émotion.

L’auteur :

Shan Sa est née à Pékin en 1972. Elle commence à écrire dès l’âge de 7 ans et publie son premier recueil de poèmes à 10 ans ! En 1990, suite aux évènements de Tian An Men, elle part étudier la philosophie et l’histoire de l’art à Paris.  Porte de la Paix céleste, publié en France en 1997 est récompensé par le prix Goncourt du Premier Roman. Plus tard, en 2001, La Joueuse de go (Grasset) lui vaut le Prix Goncourt des Lycéens. Depuis, elle publie régulièrement ses écrits (romans, poèmes, essais, nouvelles), en français s’il vous plaît. Shan Sa s’adonne également à la peinture et a exposé dans le monde entier.

Le détail :

La construction du livre : il est composé de 92 chapitres exactement. Chaque protagoniste a donc droit à 46 chapitres chacun ; les nombres pairs sont ceux où s’exprime l’officier japonais et les nombres impairs, la jeune mandchoue. Encore un signe de dualité… Autre détail, le nom des personnages, ils ne sont jamais cités… excepté une fois, je vous laisse découvrir à quelle occasion !

La parenthèse :

Le contexte historique se situe donc lors de la seconde guerre sino-japonaise, qui dura de 1937 à 1945 et durant laquelle l’empire du soleil levant envahit la Chine par la Mandchourie, une région située au Nord-Est du pays. Cette invasion força les deux mouvements politiques du Guomindang et du parti communiste chinois à faire une trêve dans la guerre civile (qui faisait alors rage depuis 10 ans) pour s’unir face à l’ennemi japonais. Ce conflit meurtrier fit entre 10 et 20 millions de morts selon les sources…

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