La Première Empreinte (Xavier-Marie Bonnot )

« Le Baron débarque » 15/20

Le synopsis:

Une série de meurtres barbares secoue Marseille. Tous suivent un rituel précis et sont signés d’une main en négatif. Un suspect se dégage mais le commandant Michel De Palma, alias le Baron, n’y croit pas. Quand en plus, une spécialiste de la préhistoire est retrouvée noyée dans les calanques quelques années après la mort de plongeurs aguerris et du fils d’une ancienne figure du banditisme marseillais au même endroit, le Baron comprend que la difficulté qui l’attend avec cette enquête qui le mène aux origines de l’Homme…

La critique :

Certains romans se déroulent à toute vitesse. Ils vous emportent dès leur prologue dans un tourbillon d’action, de violence et de noirceur. D’autres,  prennent le temps d’installer une ambiance, de poser une intrigue et les protagonistes de l’histoire à venir. Bien qu’empreint de cette même violence et de cette même noirceur, ils n’enchaînent nullement les scènes d’action mais amène plutôt une réflexion. La Première Empreinte (Belfond)  de Xavier-Marie Bonnot est un roman qui fait clairement parti de cette seconde catégorie.

Ici, à l’instar d’une Fred Vargas, l’auteur place ses personnages au premier plan. Même s’ils subissent de plein fouet l’intrigue, ils restent la véritable base de ce roman. Le commandant Michel De Palma, dit le Baron, vit et travaille dans cette ville de Marseille dont il connaît chaque recoin et chaque criminel. Il y traîne un spleen accentué par le départ de Marie, sa femme, quelques mois auparavant. Car, comme beaucoup dans son métier, il lui est impossible de décrocher et, peu à peu, il a laissé sa vie professionnelle envahir sa vie privée. Forcément, cela joue beaucoup sur la psychologie du personnage, « flic à l’ancienne » et idéaliste qui peut contourner certaines règles si cela s’avère nécessaire à la résolution d’une enquête.

Avec des personnages haut en couleur comme De Palma, Vidal que le Baron appelle Fils, Maistre, vieil ami du commandant surnommé Gros par ce dernier ou les différents criminels croisés dans ce livre, il est clair que l’auteur nous offre un ensemble très réel, avec leurs qualités et leurs défauts. L’autre protagoniste de premier plan n’est autre que Marseille. En effet, l’auteur utilise la ville pour donner vie aux différentes ambiances qu’il développe tout au long du roman. Espace naturel, beaux quartiers ou banlieues plus obscures défilent selon les chapitres au gré des avancées de l’enquête menée par De Palma et Vidal.

Ce qui démarque également ce polar de beaucoup d’autres est l’attachement de l’enquête à la préhistoire et aux Premiers Hommes. Le sujet, pas très répandu dans la littérature de genre, est ici maîtrisé par un écrivain qui réussit à nous accrocher à ce thème hors-norme. Encore une fois, il est possible de faire un rapprochement avec Fred Vargas. Archéologue de métier, elle n’hésite pas à aborder au travers  des enquêtes de ses personnages des sujets en lien avec l’histoire de l’Homme. La différence vient du fait que le Baron est plus nerveux que le Adamsberg de Fred Vargas et que les scènes de crime sont un peu plus sanglantes. Plusieurs intrigues se recoupent afin de mieux brouiller les pistes. Même si parfois, nous pouvons faire certains liens entre les enquêtes, l’auteur parvient à maintenir le suspense en nous emmenant vers d’autres chemins.

Là encore, Xavier-Marie Bonnot a su rendre toutes ces intrigues secondaires accrocheuses par l’accumulation de détails ou d’anecdotes racontées par ses personnages. On peut encore ressentir l’importance de la ville de Marseille, lieu de naissance de l’auteur, à travers les diverses « petites frappes » et leurs langage chargé d’expressions et d’argot marseillais (le glossaire situé en fin d’ouvrage s’avère d’ailleurs assez pratique). L’utilisation de cet argot local nous permet aussi de nous plonger plus facilement et avec plus de réalisme dans le quotidien de la cité phocéenne et dans celui des personnages de ce roman.

Voici donc un bon roman policier qui, sous un air un peu classique, nous impose un sujet peu courant dans les polars et nous ballade tant dans les rues de Marseille que dans ses intrigues entremêlées. Il s’agit du premier livre de Xavier-Marie Bonnot que je lis et, j’ai bien l’intention d’en découvrir d’autres afin de retrouver le Baron dans de nouvelles enquêtes.

L’auteur :

Né en 1962 à Marseille, Xavier-Marie Bonnot se lance, après ses études, dans la réalisation de documentaires et de reportages pour les télévisions françaises (TF1, France 5, …) qu’étrangères (RTBF, TVE,…). En 2002, il publie La Première Empreinte, roman qui voit apparaître pour la première fois le commandant De Palma, le Baron. Traduits dans de nombreuses langues, ses livres figurent régulièrement en bonne place des différents prix littéraires (Plume De Cristal, Prix Cognac, Prix Intramuros,…).

Le détail :

Si tous les romans de Xavier-Marie Bonnot sont indépendants les uns des autres en terme d’intrigue à proprement parlé, le personnage du Baron revient à chaque fois. Personnage atypique, le commandant De Palma est un passionné d’opéra et de musique classique tout comme son auteur qui n’hésite pas à citer régulièrement des opéras célèbres tout au long du récit. La passion pour la musique de l’écrivain se retrouve encore une fois dans Le Dernier Violon De Ménuhin, son dernier roman paru en 2017.

La parenthèse :

Préhistoire, opéra, arts premiers, druidisme, Xavier-Marie Bonnot aborde souvent des thèmes rarement traités dans la littérature noire. Son approche des enquêtes au travers de ces sujets très pointus apporte un regard différent sur ce genre littéraire et sur la société dans laquelle évolue ses personnages.

Sébastien L. pour MassCritics

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