Le Concombre Masqué – Le Bain de Minuit (Mandryka)

Une bande dessinée qui mêle comédie et réflexion philosophique et existentialiste! 17/20

Le  synopsis:

Le Concombre Masqué est auteur à succès et, bien malgré lui, maître du monde. À un journaliste venu l’interviewer au sujet du prix du patrimoine culturel qu’il a reçu, il explique qu’on le dérange en permanence, ce qui l’empêche d’écrire son prochain livre. Il accepte, pendant sa conversation avec le journaliste, de dévoiler la solution à tous les problèmes du monde, la vérité ultime, qui lui est venue pendant un bain pris à minuit…

La critique:

Le Bain de Minuit, paru quarante ans après la création du personnage du Concombre Masqué, se démarque du reste de la série par son côté auto-référentiel, et s’appuie sur une continuité méticuleusement élaborée depuis le début des années 1990, époque qui marque, pour le Concombre, le passage définitif à des histoires complètes, plutôt que des gags d’une page. En outre, Le Bain de Minuit lance un nouveau cycle, continué par Le Monde Fascinant des Problèmes et La Vérité Ultime ; l’album est, en conséquence, un peu moins accessible au premier venu, mais n’en reste pas moins une très bonne lecture.

Mandryka aborde dans Le Bain de Minuit des sujets sociaux, philosophiques, existentialistes, politiques, et éthiques, par le biais de l’humour absurde qui est la marque de fabrique des aventures du Concombre Masqué. C’est là l’aspect le plus intéressant de l’album : tout en ne tarissant pas de gags absurdes et nonsense, le Concombre et ses compères parlant par néologismes et se défiant de l’orthographe, Mandryka aborde des thèmes forts, s’interrogeant sur la nature de l’existence, la meilleure façon de résoudre les problèmes de société, et le zen, dont le Concombre fait son mode de vie sur un coup de tête.

La grande originalité de l’humour et du mode de pensée de Mandryka est très visible dans Le Bain de Minuit : les personnages peuvent, d’une case à l’autre, passer d’un jeu de mots sur une expression bien connue (tôt dans l’histoire, le Concombre passe ainsi « à côté de la plaque », littéralement) à une réflexion philosophique sur la nostalgie, mais sans jamais abandonner tout à fait une certaine légèreté.

Au-delà de l’humour absurde, fort plaisant en lui-même, il y a donc une tendance, dans cet album, à ne jamais abandonner la réflexion existentialiste et politique, sans pour autant accabler le lecteur de concepts complexes. Le lecteur qui aime l’humour absurde et la satire sociale sera séduit par Le Bain de Minuit, Mandryka s’adonnant, tour à tour, à la critique politique, à l’humour d’observation, et à la parodie. Que l’on cherche une comédie cartoonesque ou une critique profonde, Mandryka aborde dans cet album tous les genres. Mais toujours avec le sourire.

L’auteur:

Nikita Mandryka est un auteur français d’origine russe, né en 1940. Il a contribué à de nombreux journaux de bandes dessinées (Vaillant, Pilote, l’Écho des Savanes, Charlie mensuel), et a créé son personnage phare, le Concombre Masqué, en 1965. Le Bain de Minuit (2006) signe son retour à sa saga la plus connue, après une compilation publiée plus de dix ans auparavant, et un changement de ton, dont Mandryka fait un point important de l’album.

Le détail:

Le Bain de Minuit est particulièrement intéressant d’un point de vue chronologique. Mandryka refuse de simplement raconter son histoire de façon linéaire. De fait,  il devient parfois difficile de déterminer si l’on est dans un flash-back, dans le présent, ou ailleurs, le Concombre revenant incessamment aux mêmes thèmes et à sa réflexion sur l’existence.

La parenthèse:

Il est difficile de lier de façon convaincante Mandryka, du moins dans le contexte du Concombre Masqué, à d’autres auteurs. Si vous aimez l’humour absurde et la flexibilité du langage, vous aimerez aussi Léonard de Turk et De Groot. Cette BD raconte les aventures anachroniques et grotesques de Léonard de Vinci et son fidèle disciple. Cependant, si vous êtes plus intéressé par l’aspect philosophique, Pacush Blues de Ptiluc vous conviendra mieux. En effet, elle raconte avec cynisme et humour noir les mésaventures d’une bande de rats dans un monde apocalyptique.

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