Le rédempteur (Stephen Desberg)

Un album qui ne révolutionne pas le genre mais qui ouvre des voies intéressantes pour la suite! 14/20

Le synopsis:

Richissime homme d’affaire français installé au Brésil, Jean Ravelle est président de la Ravel Corporation. Jeune, brillant, riche et marié à une femme aussi ambitieuse que lui, Jean Ravelle ne s’en satisfait pas. Dans un carnet, il a noté combien d’enfants sont morts des suites des trafics de drogue de la ville. Il connaît les responsables. Il va leur rendre justice à sa manière.

La critique: 

L’histoire est celle d’un homme d’affaire désabusé par le monde qui est le sien: celui des affaires, de la spéculation et de l’injustice. Il va  ainsi mettre au profit de son idéal, celui d’une justice expéditive et violente, une partie de sa fortune et de son temps. Marié à une Han Qi, héritière d’une des plus puissantes familles chinoises, leur union passerait presque pour un mariage d’intérêt. Aussi, en décidant de devenir un justicier, il met en danger tout ce qu’il a bâtit; son empire financier, son confort de vie, ses relations, son mariage, sa vie.

Le rédempteur est une bande dessinée s’inspirant de Batman ou de Largo Winch. Un héros richissime partant en quête de justice afin de combattre ses propres démons. L’équipe avec laquelle il travaille est aussi composite que peuvent l’être celles des deux bandes dessinées précédemment citées. Par ailleurs, les personnages épaulant Ravelle ont des traits de personnalités originaux, des caractères forts. Le rédempteur est le premier album d ‘une série. Il valide tous les codes du genre au point qu’il est parfois difficile de cerner l’intérêt de cette bande dessinée tant elle paraît avoir déjà été lue et relue. Toutefois, il est, malgré ce manque d’inventivité, quelques points positifs à souligner.

Tout d’abord, le soin apporter aux décors est manifeste. Le choix de porter l’action au Brésil répond à des besoins scénaristiques (pauvreté, lutte contre la drogue, situation des enfants…) mais c’est aussi le moyen de brosser de magnifiques paysages dans des cases jamais superflues. L’idée de passer d’un monde privilégié  à un monde en souffrance est souvent utilisée par les auteurs. On perçoit ainsi, comme dans un miroir, les tourments qui agitent le héros. Le graphisme général de l’album est bon. Mais les expressions sur le visage des personnages sont parfois un peu légères.

Par ailleurs, dans le contexte qui pose les bases de l’histoire, le fait de poser comme trame de fond la mondialisation et les conflits d’intérêts de puissant groupes financiers est intéressant. De fait, le héros n’est pas simplement un homme riche qui jouit au gré de ses envies de sa fortune. Il dépend aussi d’un contexte international de concurrence.

Enfin, son combat contre l’injustice est mené à la racine, dans les rues, avec les risques que cela engendre. Un homme de son envergure aurait pu entamer cette démarche d’en haut, viser la tête (institutions criminelles, états corrompus…). Or, en se dépouillant de ses atouts, Ravelle retrouve une forme de pureté. Il expie le mal qu’il a pu faire sans le savoir. Et rend justice avec une violence qu’il avait jusqu’ici réussi à contenir. Si Aux premières pages, l’intrigue semble éculée, déjà vue,  l’album ouvre néanmoins des voies intéressantes pour la suite: le rôle ambigu de sa femme, les manipulations dans l’ombre de son beau-père, le passé de ses lieutenants…

Le rédempteur est donc une bande dessinée fidèle à cet univers. Aussi, ce premier tome, sans révolutionner le genre, est un travail honnête qui mérite d’être suivi, au moins pour l’album suivant.

L’auteur:

Stephen Desberg est né en 1954 à Bruxelles, il débute dans la bande dessinée en écrivant des histoires pour le journal Tintin. Il crée plusieurs personnages de 421, Billy the Cat, Mic Mac Adam et Jimmy Tousseul. Stephen Desberg signe ensuite les scénarios de séries à succès (IR$, Black Op, L’Etoile du désert, Sienna…) On retrouve l’univers stylisé et luxueux d’IR$ dans le travail du scénariste de Rédempteur (Dargaud).

Le détail: 

Particulièrement réussie la couverture de Rédempteur fait apparaître au premier plan, Jean Ravelle. Au deuxième, le Christ monumental de Rio de Janeiro. Ce dernier, aussi appelé Christ rédempteur apparaît comme un signe dernière le héros. Au lecteur de se faire son avis. Dans cet album mettant en exergue la lutte du bien contre le mal, ce signe apparaît pour Jean Ravelle comme un chemin à suivre ou une idée à laquelle il tourne le dos.

La parenthèse: 

La filiation entre Le rédempteur et IR$ est évidente. Si Stephen Desberg en est le scénariste, le dessin est également très proche. Le lecteur qui a suivi les pérégrinations de Larry Max (voire de Largo Winch) se retrouvera facilement dans l’univers chatoyant, chaud et violent du Rédempteur. On retrouve par exemple le héros obstiné qui est prêt à tout sacrifier pour son idéal dans une fuite en avant dangereuse, à même d’emporter tout ceux qui l’entourent avec lui. Le tempérament emporté de Jean Ravelle pique la curiosité du lecteur. Lui comme son avatar, par leurs personnalités et leurs caractères taciturne, interroge et intéresse.

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