Le Scorpion – La Marque du Diable (Marini & Desberg)

Le combat d’un homme contre une société secrète titanesque. 17/20

Synopsis:

Rome, pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Armando Catalano, alias « Le Scorpion », est un aventurier et criminel spécialisé dans le pillage de tombes de saints et le trafic de reliques. Alors qu’il vient de réussir un coup d’éclat, une empoisonneuse, Méjaï, l’attaque ; elle a été envoyée par le cardinal Trebaldi. Bien décidé à trouver le cardinal avant d’être supprimé, le Scorpion se lance en quête de réponses, découvrant en chemin une conspiration aussi vieille que l’Église elle-même…

Critique:

La série explore le thème de la religion, ainsi que celui de la moralité. En particulier, le rôle de l’Église Catholique dans l’évolution socio-politique de l’Europe est remis en question ; l’Église se révèle, dans l’univers du Scorpion, n’être qu’un outil asservi à la volonté de neuf familles d’origine romaine. Celles-ci ont pris son contrôle dès sa conception, en voyant le potentiel de la religion chrétienne et de son premier pape, Pierre. Cette impuissance du Saint-Siège s’oppose, esthétiquement, à la puissance manifeste des neuf familles. Le pape se montre faible, réticent à recourir à la violence, et ses gardes suisses sont au mieux inefficaces face au Scorpion. A contrario, le cardinal Trebaldi, héritier d’une des neuf familles, est sans pitié ou hésitation, et ses moines guerriers sont de redoutables adversaires.

Ce contraste souligne la toute-puissance clandestine des conspirés face à la grandeur creuse de l’Église. La conspiration des neuf familles est un des points-clé de l’intrigue de la série, même si ce premier tome ne révèle encore que peu de choses. Très vite, il devient clair que les neuf familles ont influencé l’Histoire du monde (ou du moins, de l’Europe) pendant des siècles. Ils ont ainsi poussés les gouvernements dans la direction qui leur bénéficiait le plus.

Le Scorpion est donc un élément perturbateur et inattendu qui risque de dérégler le mécanisme bien rodé de la conspiration, et c’est cela (entre autres) qui fait de lui la cible de l’impitoyable cardinal Trebaldi. Inversement, les neuf familles sont un ennemi écrasant, un réseau potentiellement infini d’adversaires pour le Scorpion : la série doit donc être vue comme le combat d’un homme, libre mais seul, contre une société secrète titanesque, multiple, et oppressante.

Le Scorpion renoue donc avec les grandes aventures des films et romans de cape et d’épée, utilisant à bon escient le cliché du héros seul et noble contre un ennemi supérieur en nombre et dépourvu de morale. Mais Desberg et Marini rafraîchissent ce stéréotype en plusieurs façons. Armando Catalano est un antihéros plutôt qu’un héros. Dès ce premier tome, il se présente comme une sorte de Casanova pilleur de tombes, qui tend à régler tous les problèmes par la violence ou l’escroquerie.

Quant à la conspiration des neuf familles, si elle représente un ennemi supérieur en nombre, son caractère mystérieux et voilé ôte au Scorpion toute motivation altruiste. Il n’a pas pour vocation de défendre le peuple opprimé par les neuf familles. Tout simplement parce que le peuple en question n’a même pas conscience de l’étendue de son oppression. En fait d’hommage au genre, les auteurs n’hésitent pas à innover. Il donne ainsi à leur héros l’ambiguïté morale typique des personnages de bande dessinée moderne.

Auteur

Stephen Desberg commence sa carrière au milieu des années 1970. Il scénarise alors des mini-récits pour le journal Tintin. Puis il collabore avec Maurice Tillieux sur la série Tif et Tondu. Il écrira deux albums avec lui, et un troisième seul après la mort de Tillieux.

Enrico Marini est un auteur de bande dessinée italien. Sa carrière commence en 1990, avec la publication du premier tome des Dossiers d’Olivier Varèse.

Desberg et Marini travaillent d’abord ensemble sur L’Étoile du Désert (deux tomes). Ils sont réunis en 2000 avec la publication du premier tome du Scorpion (Dargaud).

Détail:

La série a été pensée par Desberg et Marini comme un hommage aux grands films de cape et d’épée, comme Scaramouche et La Tulipe Noire (avec Jean Marais). Les auteurs ont donc fait un solide travail de recherche, obtenant l’expertise de plusieurs maîtres d’armes. Un autre hommage appuyé est celui fait à la série Zorro (1957-1961). Le Scorpion se nomme Armando Catalano, ce qui n’est autre que le vrai nom de l’acteur Guy Williams. D’origine sicilienne, il est surtout connu pour avoir joué Don Diego de la Vega, alias Zorro.

Parenthèse:

Le Scorpion est une série de fiction historique. Dans la même veine, on recommandera Sambre, dont le premier cycle fait le récit d’une relation impossible pendant la Révolution de 1848. Le reste de la série explore plusieurs générations de la famille Sambre. Les amateurs de conspirations se laisseront aussi tenter par XIII. Son héros amnésique doit découvrir les machinations d’une société secrète responsable de la mort du Président des États-Unis… Tout en perçant le secret de sa propre identité.

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