Les Altruistes (Andrew Ridker)

Altruistes vraiment? 14/20

Le synopsis :

Altruiste : qui s’occupe des autres de façon généreuse et désintéressée.
La famille Alter se dit altruiste.

Une famille bien sous tous rapports.

Oui, mais, en apparence seulement.

Car Arthur, Maggie, Francine, Ethan forment une famille « normale », « banale » et pourtant…

– Arthur, le père, est un raté, d’une ambition démesurée, d’une frustration inégalée, capable d’adultère quand sa femme se bat contre un cancer, totalement démissionnaire de son rôle vis à vis de ses enfants et de sa vie en général quitte à perdre la maison familiale.
– Ethan, le fils, un être totalement inadapté socialement, reclus et replié sur lui-même.
-Maggie, la fille, révoltée contre tout système, tellement à l’écoute des problèmes des autres et du monde qu’elle en oublie ses proches.

– et Francine, la mère, le pivot, psychologue, qui n’a pas hésité à sacrifier sa carrière pour sa famille.
Vous l’aurez compris, le livre est un appel à la réflexion sur l’altruisme, l’égoïsme, le consumérisme, le couple et bien d’autres sujets propres à la société américaine contemporaine.

La critique :

Les Altruistes, déjà le choix du titre et du nom de la famille Alter donnent le ton d’emblée : cyniquement drôle. L’écriture alerte, vive, pétante, bourrée d’humour au vitriol d’Andrew Ridker fait le reste.

Andrew Ridker dissèque avec son premier roman, une famille comme les autres, comme la vôtre, dans son intimité souvent cachée, souvent indécelable. La famille sans ses couverts sociaux et bienséants. La famille où chacun œuvre à sa survie. Où chaque membre est en proie à ses propres démons : remord, culpabilité, secret, cupidité …

Tout y est : la solitude, le besoin de reconnaissance, le mensonge, la colère, la trahison, l’argent, la maladie, la mort. Le petit quotidien des uns et des autres tenus par les liens du sang qui ne tiennent parfois qu’à un fil.

Andrew Ridker prend le parti de jouer avec les repères temporels, en narrant, par un jeu de flashbacks, la vie d’une génération à l’autre.

Qu’est-ce qui peut faire l’originalité de ce roman et distinguer l’histoire de la famille Alter ? Les personnages qu’Andrew Ridker égratigne avec affection et ce qu’il faut d’indulgence pour les rendre sympathiques, à défaut d’attachants.

Francine, la mère, est le personnage principal du roman. Chaleureuse et généreuse, mais morte d’un cancer du sein depuis deux ans, elle reste omniprésente et se démarque comme la seule vraie altruiste de la famille. Mais elle a aussi ses secrets.
Tout comme Arthur, son mari, figure égoïste par excellence, un loser narcissique et pingre, prompt aux mensonges et aux tromperies qui n’hésite pas à soudoyer ses enfants pour conserver la maison familiale !
Les enfants, eux, ne se remettent pas de la mort prématurée de leur mère et chacun, à sa manière, en paye les frais.
Ethan, lui, est plutôt dépressif et introverti, étouffé dans son enfance par la personnalité d’ogre de son père.
Quant à Maggie, adolescente, déjà, elle voulait changer le monde. Mais, elle ne cesse de se punir et de jouer les martyrs depuis la mort de sa mère.

J’attendais beaucoup de ce roman précédé de critiques élogieuses faisant référence à des auteurs qui m’inspirent. Pour autant, cela reste, pour moi, une lecture divertissante mais sans doute pas inoubliable. L’histoire prend son temps pour se mettre en place…. C’est un livre écrit par un américain pour des américains, mettant en scène une famille américaine…on dirait du Woody Allen sans l’être totalement… il y manque du peps, de la légèreté.En fait, je n’ai perçu aucune singularité ni dans le propos, ni dans la forme, car cette famille de névrosés, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà croisée souvent.

Si vous aimez les thèmes de la vie quotidienne de la classe moyenne, dans les quartiers résidentiels de l’Amérique contemporaine, traités avec une prose aux qualités d’ironie et de clairvoyance, cette plongée satirique au cœur d’une famille juive de la middle class, dysfonctionnelle à souhait, et pas vraiment sympathique, devrait vous plaire ! Car Les Altruistes offre une réelle réflexion sur la famille, le couple, l’individualisme et le poids lesté du passé à travers les points de vue complémentaires de Francine, son mari et leurs deux enfants.

L’auteur :

Andrew Ridker a écrit pour divers revues et journaux avant de publier son premier roman. Sorti au printemps 2019 aux Etats-Unis, Les Altruistes  a reçu un accueil triomphal. Il est en cours de traduction dans dix-sept pays.

Andrew Ridker est la nouvelle sensation du roman américain. Vendu dans 20 pays en à peine deux semaines, son premier roman combine le génie d’un Franzen pour les portraits de famille et l’esprit satirique des premiers livres de Philip Roth.

Une révélation qui a suscité l’engouement de 9 éditeurs français. Bataille remportée par Rivages. 

Il est l’une des révélations littéraires américaines de l’année.

Le détail :

Tout en créant des personnages d’une véritable profondeur, Andrew Ridker met l’accent sur le caractère névrotique de la famille Alter.

Une névrose est un trouble psychique dans lequel le sujet est conscient de sa souffrance psychique et s’en plaint.

A cette question fondamentale : d’où vient la névrose, quelle est sa cause ultime, spécifique, les psychanalystes ont apporté des réponses différentes. Tout au moins pouvons-nous conclure, avec le professeur Daniel Widlöcher, que la névrose constitue le prix à payer pour assumer notre condition d’êtres humains.

La parenthèse :

On retrouve dans « Les Altruistes » des thématiques chères à John Updike ou à Richard Yates, comme la nostalgie des grandes ambitions, la perte des illusions. Son écriture cynique et satirique le place également dans la lignée de Philip Roth.

Murielle Trouve pour MassCritics

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