Les Dévorantes (Marinca Villanova)

Etre mère ou ne pas être mère : that is the question ! 13/20

Le synopsis :

Un roman…

Trois filles…
Trois femmes…
Trois mères…

Trois générations.
Quand les liens d’attachement ne se créent pas…
Qu’être mère est douloureux…
Quand la haine supplante l’amour…
Emma, Angèle, Karine, trois portraits de femmes en souffrance avec comme fil rouge entre elles : l’absence d’amour maternel et filial.
L’auteure, Marinca Villanova, dans ce premier roman, nous brosse leur portrait, les liens qui les unissent.
Ou qui les désunissent…

La première se sent emprisonnée, la deuxième ressent du dégoût et la troisième a des envies de meurtre. Pourquoi l’amour qu’elles devraient ressentir pour leur enfant leur est-il inaccessible ?

La critique :

Les Dévorantes dérange tant chacun peut retrouver un peu de lui-même et de son histoire familiale dans le parcours de ces trois héroïnes que Marinca Villanova décrit avec tact, force et sensibilité. Les thèmes abordés dans ce livre sont intéressants : le mal-être des enfants que les mères dédaignent, la difficulté pour certaines femmes d’avoir la fibre maternelle et la honte de ressentir ces émotions.

Des années 40 à 2000, nous nous familiarisons avec Emma alors jeune mariée, qui accompagne Louis, médecin militaire au Maroc, alors que la seconde guerre mondiale fait rage. Emma qui rêve d’un garçon, sage et obéissant, donne naissance à Angèle, révoltée et inadaptée, qui se dresse contre elle et lui préfère la compagnie d’Aicha, la nourrice marocaine et maternelle. La fusion n’a pas fonctionné : Emma n’a pas réussi à l’aimer.
En seconde partie, nous retrouvons Angèle adolescente, puis jeune femme insatisfaite, mariée à Paul, devenu son souffre-douleur, puis en mère ingrate de Karine ; Angèle ne s’aime pas et ne peut aimer les autres. Elle utilise son intelligence machiavélique pour détruire ou empêcher le bonheur d’autrui. Elle vit sa vie par procuration. Et elle en oublie de vivre pour elle.

Puis Karine, en vilain petit canard, tente de sortir de sa chrysalide et d’exister en dehors des tentacules et du venin maternel et fait de son mieux pour se construire avec Antoine, un homme tendre, bon, son sauveur… jusqu’à la naissance d’Héloïse….
La malédiction semble se reproduire inéluctablement de génération en génération ; même si les lieux et l’époque changent, le manque d’amour maternel se manifeste toujours avec la même et rare violence.

J’avoue que bien que la 4ème de couverture m’avait séduite, j’ai été déconcertée par l’entrée en matière du roman où le lecteur n’est que simple spectateur. Je ne comprenais pas où l’auteur voulait me mener, mais j’avais besoin de plus de sentiments, d’émotions…qu’ils m’atteignent, me chavirent. Plus j’avançais dans ma lecture, plus la force des mots, des relations, des situations m’a cueillie.

Marinca Villanova a su décrire avec beaucoup de finesse les sentiments ou plutôt leur absence. Elle a rendu réelles les souffrances de ces femmes qui recherchent désespérément l’amour de leur mère. On se retrouve, tantôt en Emma, tantôt en Angèle, tantôt en Karine. La force de son écriture tient aussi à sa capacité à nous ancrer dans les lieux et dans les époques. Nous sommes dans la poussière rouge et chaude du Maroc colonial avec Emma, dans la chambre-salle de bains humide de Karine, dans l’appartement froid d’Angèle. Ces trois femmes sont froides, tristes. Elles ne s’épanouissent pas dans leur existence. Mais l’intérêt du roman réside justement dans cette facette de leur personnalité.

Donc, si vous n’appréciez que les récits à l’eau de rose…passez votre chemin. Par contre, si vous aimez ceux qui font la part belle à la psychologie des personnages…lisez Les Dévorantes.

On ressort de cette lecture, imprégné par le destin de ces femmes, pénétré par leur solitude, leur dégoût, leur honte et leurs désirs cachés, avec, malgré tout, le sentiment que la fatalité de leur emprisonnement intérieur n’est pas inéluctable, que la chaîne de haine peut se rompre et que l’espoir d’amour est à leur portée.

L’auteur :

Aujourd’hui psychologue clinicienne auprès des enfants, adolescents et de leurs familles, Marinca Villanova a également travaillé en tant qu’assistante sociale. Elle s’est d’abord essayée à l’écriture en lien avec l’image, en réalisant des courts métrages de fiction et des documentaires sur le thème des liens familiaux, notamment un reportage vidéo intitulé Fait maison  sorti en 2001, dans lequel elle s’intéressait aux femmes qui ne sortaient pas de chez elles : “j’avais abordé le sujet de la maternité avec elles, c’était déjà un thème qui m’intéressait”, se souvient l’auteur.

Les Dévorantes (2019 – Eyrolles) est son premier roman. 

Le détail :

Marinca Villanova a commencé à écrire une première version de ce roman Les Dévorantes, il y a une dizaine d’années environ, qui était finalement restée dans un tiroir. En rouvrant son manuscrit, des années plus tard, les dysfonctionnements lui sont apparus clairement. Plus de 10 ans se sont ainsi écoulés entre la première et la deuxième version de ce manuscrit, qui ont permis à l’auteur d’acquérir de nouveaux outils et de nouvelles connaissances grâce à ses différentes activités professionnelles.

La parenthèse :

« Les enfants aimés par leur mère sont des conquistadors », disait Freud. Mais les autres, que sont-ils ceux qui ont mal à leur mère » ? Pour le savoir, lisez Les Dévorantes de Marinca Villanova.

Murielle Trouve pour MassCritics

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