Les Pestiférés (Serge Scotto/Eric Stoffel/Samuel Wanbre)

Une fable historique aux accents politiques! 18/20

Le synopsis :

1720, Marseille. Alors que tout le monde se refuse à y croire, la Peste est de retour. Un groupe d’habitants décide de se barricader dans leur quartier. Ils vivent à présent en autarcie, en sécurité et relativement paisiblement au milieu de ce fléau qui décime la population à une vitesse folle.

La critique :

Serge Scotto, Eric Stoffel et Samuel Wambre adapte dans cette bande dessinée une histoire de Marcel Pagnol peu connue du public, une fable historique doublé sur la fin d’un côté plus politique.

Avec Les Pestiférés, c’est une bien sombre histoire que nous livre ici les auteurs. En effet, ils nous plongent en plein XVIIIe siècle à Marseille, en l’année 1720, alors que débute une grande épidémie de peste. Personne ne peut se résoudre à croire au retour de ce terrible fléau. Pourtant, les habitants vont vite être forcés de constater qu’il s’est bel et bien emparé de la ville. De fait, rapidement, les malades pullulent et les rues désertes se gorgent de cadavres porteurs des stigmates de la maladie.

Pour se préserver de la contagion, les habitants d’un quartier, sous l’égide du docteur Pancrace, vont alors décidés de se barricader. Mais alors qu’on commence à brûler des quartiers entiers, leur petite société autarcique, jusqu’alors relativement bien protégée va se trouver à nouveau menacée. Dès lors, mené par le docteur Pancrace ils vont entreprendre une périlleuse fuite.

Riche de personnages pour le moins ambivalents, qui peuvent tour à tour se montrer d’un courage sans faille ou d’une lâcheté sans nom, d’une volonté de fer pour sauver les leur mais d’une insensibilité totale vis à vis du malheur d’autrui, l’histoire qui se déroule principalement en huis clos, décrit parfaitement la faiblesse des Hommes mais aussi l’ambivalence de leur sentiments ou tout simplement de leur être.

Brillament mené, le scénario est fluide et parfaitement rythmé. Il nous entraîne dans une lecture captivante. Tant et si bien que l’on dévore d’une traite ce one-shot de 130 pages. La fin, il faut bien le dire, à laquelle on ne s’attend pas, est à la fois surprenante et tragique. La fable historique laisse alors place à une critique très explicite de la religion et de sa grande influence à cette époque. Mais aussi en une dénonciation d’une société ultra codifiée où l’argent règne en maître au côté de l’Église.

Deux grand maux d’une société contre lesquels il est encore plus difficile de lutter. Car si nos protagonistes arrivent finalement à se prémunir de la peste, construisant une petite communauté isolée, affranchie du joug de l’Église et de toutes conventions d’ordre pécuniaire, leur nouveau mode de vie n’est pas vu d’un très bon œil par tout le monde…

Au final, c’est une histoire sombre mais néanmoins captivante, que nous découvrons ici. BD historique couplé à un manifeste politique, elle nous plonge dans une période noire et impitoyable de l’histoire. Le dessin de Samuel Wambre, tout en nuances, habille le tout de couleurs tantôt sombres dans les moments tragiques tantôt plus lumineuse lorsqu’il s’agit de représenter les beaux paysages de Provence. Le tout, offre un one-shot des plus réussi !

L’auteur :

Serge Scotto est un scénariste et dessinateur de bande dessinée qui travaille aussi pour la presse. Il est également romancier et journaliste.

Scénariste de bande dessinée, illustrateur mais également directeur de collection « Plein vol » chez Idées+ Eric Stoffel a également co-scénarisé Oukase chez Grand Angle.

Samuel Wambre est dessinateur de bande dessinée. Après un bac STI arts appliqués, un DMA de dessin animé et trois années de dessin animé aux Gobelins à Paris, il commence à travailler pour des productions parisiennes de dessin animé.

Le détail :

A l’été 1720, Jean-Baptiste Estelle, un grand marchand également premier échevin de la ville de Marseille, obtient par quelques petits arrangements avec les contrôles sanitaires que soit débarqué la cargaison du Grand-Saint-Antoine. Cet homme, par pur appât du gain, a condamné les habitants de sa propre ville à la mort.

La parenthèse :

Cette bande dessinée est une adaptation d’une œuvre posthume de Marcel Pagnol, jusqu’alors inachevée. Une partie en avait déjà été publiée dans Le Temps des amours. Mais, pour la première fois, nous pouvons en découvrir la fin, que Pagnol avait racontée à ses proches.

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