Les Tuniques Bleues – Un Chariot dans l’Ouest (Cauvin & Salvérius)

Chesterfield et Blutch : un grand duo comique est né ! 14/20

Synopsis :

            Un groupe de soldats de cavalerie est chargé par le commandant Appeltown d’une mission délicate : amener un chariot bourré de munitions et d’explosifs jusqu’à Fort Defiance, qui est en état de siège, encerclé par les Indiens. En route, ils devront repousser plusieurs tribus agressives, supporter la colère du sergent Chesterfield et l’insubordination du caporal Blutch, et résister à l’envie de plus en plus forte de déserter…

Critique :

            Ce premier tome des Tuniques Bleues diverge grandement du reste de la série puisque, s’il se déroule bien pendant la Guerre de Sécession, il ne traite pas du conflit entre le Nord et le Sud. À ce titre, c’est plutôt une version comique des grands westerns de John Ford comme La Charge héroïque, qui se concentre sur les conflits entre l’armée de l’Union et les tribus indiennes ; on retrouve ainsi, parmi les antagonistes, le chef apache Géronimo. Le tome s’amuse cependant à jouer avec certains clichés du genre : le fort à défendre, Fort Defiance, est en ruines à l’arrivée des héros, prouvant que la cavalerie n’arrive pas toujours à temps ; d’ailleurs, Chesterfield et compagnie finissent par échouer spectaculairement dans leur mission.

            Si le contexte n’est donc pas tout à fait le même, les grandes tendances de la série sont posées avec soin : Fort Bow et le commandant Appeltown reviendront plusieurs fois dans les aventures des Tuniques Bleues, ramenant au passage l’intrigue aux guerres indiennes. Cependant, les personnages de Blutch et Chesterfield bénéficient d’une introduction subtile : tout en devant partager l’aventure avec plusieurs personnages qui seront, par la suite, souvent absents de l’univers de la série, ils sortent du lot, le sergent par ses tendances colériques et grandiloquentes, le caporal par son sarcasme et une certaine lâcheté. Bien plus mémorables que les autres, ils ont déjà l’étoffe de héros de bande dessinée.

            Outre leurs caractéristiques personnelles, qui sont donc établies avec efficacité, c’est la relation entre Chesterfield et Blutch qui fournit au volume la majorité de son humour. Il y a entre eux une vague animosité constante, mais aussi les traces d’une amitié sincère, formée pour supporter les horreurs et la violence de la guerre. Ces deux principes sur lesquels est fondée la relation entre les deux personnages ne cesseront d’être étoffés dans les tomes suivants, afin de recevoir enfin une origine dans Blue rétro.

            Il faut donc voir ce volume comme une aventure indépendante, dont les personnages et le contexte seront revisités plus tard dans la série, mais qui sert surtout à introduire les deux héros des Tuniques Bleues, Blutch et Chesterfield, sans aborder encore le lourd sujet de la Guerre de Sécession.

Auteur :

            Raoul Cauvin est l’un des scénaristes les plus prolifiques de la bande dessinée francophone. Ses innombrables contributions au catalogue des éditions Dupuis (L’agent 212, Les Femmes en Blanc, Natacha, Cédric, Les Psy et bien d’autres) lui assurent, depuis la fin des années 1960, un énorme succès. Salvérius (disparu en 1972) commence en 1959 à publier dans Spirou des mini-récits sur le thème du Far West. Le duo lance en 1969 Les Tuniques Bleues, que Cauvin continuera avec Lambil à la mort de Salvérius.

Détail :

            Ce tome des Tuniques Bleues est un OVNI dans la série, puisqu’il est l’un des seuls à ne pas traiter directement de la Guerre de Sécession, et donc à offrir une histoire de western classique, digne d’un film de John Wayne. Les autres tomes de la série, et surtout ceux dessinés par Lambil, aborderont plutôt divers thèmes liés à cette guerre, comme la conscription et la propagande, en présentant bien plus franchement les horreurs de la vie militaire.

Parenthèse :

            Les amateurs de ce tome des Tuniques Bleues s’intéresseront aussi à Lucky Luke, de Morris et Goscinny, que Les Tuniques Bleues devait d’ailleurs remplacer dans le journal Spirou. On recommandera aussi les autres albums des Tuniques Bleues, même s’ils ont, dans la période post-Salvérius, un ton différent, et abandonnent parfois l’humour pour la simple vérité historique, avec un certain cynisme exprimé à travers le personnage de Blutch.

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