Les Yeux fumés (Nathalie Sauvagnac)

Quand cité rime avec descente aux enfers… 15/20

Le synopsis:

Philippe, c’est un mec ordinaire de la cité. La cité qui empoisonne, la cité qui emprisonne, la cité qui défigure, la cité qui emmure. Son pote Bruno a tout vu, tout fait, toujours en quête d’un auditoire avec ses tours du monde et ses aventures exotiques. Bruno parlerait à un tas de cailloux.

Entre une mère marâtre, qui le délaisse complètement au profit de son frère aîné, un bellâtre, coureur de jupons, un père totalement effacé et craintif, et toute une panoplie de relations plus ou moins toxiques, Philippe devra user de tout son courage, de toute son intelligence et de toutes ses convictions pour s’en sortir… Sans travail, sans but, sans bagage, il déambule, il glande, jusqu’au drame auquel il assiste et qui bouleverse tout… le compte à rebours a démarré jusqu’à l’inévitable.

La critique:

Les Yeux fumés  est un roman coup de poing, qu’on aime ou qu’on déteste. Sordide, glauque, dramatique…tellement banal en fait ! Entre crasse et béton, désespoir et perdition, violence et addiction, on s’englue dès les premiers chapitres dans la funeste existence d’un héros qui n’en a pas l’étoffe. Philippe n’est pas armé pour réussir dans la vie, malgré son envie et ses espoirs, et les parasites qui lui gravitent autour sapent sa moindre tentative de relever la tête. Ainsi se dévoile la vie quotidienne de la cité, souvent désolante et parfois violente.

L’histoire se déroule en deux parties avec un avant et un après le drame auquel il assiste impuissant, incrédule et qui le plonge dans le désarroi et la folie.

On peut dire que j’ai éprouvé de la sympathie et surtout de la compassion pour ce jeune adulte paumé qui ne demande qu’un peu d’amour et de considération. Attachant dans sa naïveté, sa solitude, son exclusion, ses rêves brisés.

Dans un style percutant, sobre, nerveux, réaliste, l’auteur livre un roman brut, sans fioriture, écrit à la première personne, ce qui permet une immersion totale dans le microcosme proposé et offre un premier rôle à un anonyme né pour le rester. Nathalie Sauvagnac y montre l’ennui, la débrouille, la peur, la violence, dans ces quartiers, fermés sur eux-mêmes. Le texte est vif, souvent cru, le regard est sans concession, mais toujours juste et bienveillant.

Une véritable pépite de noirceur, de plus en plus intense, jusqu’à l’implosion, d’une grande intensité psychologique et émotionnelle, mais compensée par l’humour du narrateur, que j’ai dévorée d’une traite. Le livre refermé, on en sort désemparé et pour ma part, il me hante encore. Pourtant, pour tout dire, à première vue, ce livre ne m’emballait pas vraiment mais le récit est très immersif, et une fois entré dans la cité, dans cet univers parallèle et pourtant si proche, impossible d’en sortir.

Nathalie Sauvagnac dépeint à la perfection cette difficulté de passer de l’enfance à l’âge adulte, et les conséquences dramatiques sur les plus faibles, les plus démunis, les « oubliés ».

Si vous êtes allergique aux romans noirs, âpres, rudes, passez votre chemin. Mais si vous recherchez le frisson, attendez-vous à être emporté par cette vague d’émotion de la misère à l’état brut.

L’auteur:

Nathalie Sauvagnac est écrivain et dramaturge. Ses pièces de théâtre ont été jouées de nombreuses fois. Elle écrit également des romans et des nouvelles. Nathalie est professeur de théâtre, blogueuse, metteur en scène, comédienne, auteure, directrice d’une compagnie.

Le détail:

Nathalie Sauvagnac a participé au printemps 2017 à un concours d’écriture organisé avec DraftQuest. Son premier roman Stripteases  a convaincu l’ensemble du jury qui lui a attribué le deuxième prix. Fin 2017, l’auteur signe rapidement un contrat d’édition avec les éditions Denoël et Stripteases est devenu Ô Pulchérie !, publié en février 2018.

La parenthèse:

Si vous aimez les scénarios dramatiques tels La Haine, film de et par Mathieu Kassovitz, sur les banlieues, vous apprécierez Les Yeux fumés (Le Masque) de Nathalie Sauvagnac.

Murielle Trouve pour MassCritics

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