L’Obscure Clarté de l’air (David Vann)

Medee ou la rage d’aimer…ou de mourir. 15/20

Le synopsis:

L’Obscure Clarté de l’air commence à bord de l’Argo, avec la fuite de Médée de Colchide : Jason et Médée sont poursuivis par le père de cette dernière, après le vol de la Toison d’or et le meurtre de son frère, découpé en morceaux. Après bien des péripéties, une fois parvenus en Thessalie, le roi Pélias par abus de pouvoir, refuse le trône à Jason, son neveu, malgré sa réussite dans la quête de la Toison d’Or. Il le contraint à l’esclavage, ainsi que Médée qui, usant de ses pouvoirs magiques, parvient à le faire assassiner par ses propres filles !

Médée et Jason se réfugient ensuite à Corinthe avec leurs deux enfants. Mais Jason, éprouvé par sa bestialité vengeresse, répudie Médée pour épouser Glaucé la fille du roi. Ivre de rage et de haine, Médée va commettre l’irréparable…et passer de la lumière à l’obscurité…

La critique:

Ce nouvel opus de David Vann, m’a déconcertée tant par sa forme, au style puissant, viscéral, évocateur que par son histoire réécrivant le mythe de Médée à la manière d’une femme d’aujourd’hui, empreinte de liberté, alliant modernité et féminisme, qui, se bat pour ses propres choix, quitte à tout sacrifier, et qui ira jusqu’au bout de sa vengeance. Le portrait d’une femme exceptionnelle, au sens propre du terme, qui, par la force de ses faiblesses, allie noirceur et passion dévorante et renvoie l’être humain à son animalité.

Dans ce Médée de David Vann, la nuit s’étale. Hécate est présente, évoquée et invoquée par la prêtresse. l’Argo prend et reprend la mer. Jason et ses Argonautes perdent leur superbe, à la merci d’une femme, à la fois d’ascendance royale et divine, qui leur inspire terreur et respect. Dans l’air flotte l’odeur de la peur, de la vengeance, du sang et de la folie. Le focus est donc fait sur Médée. Jason, lui est relayé au second plan et son portrait peu reluisant (lâche, couard, infidèle, soumis…).

Malgré sa cruauté et sa force bestiale, j’ai suivi avec intérêt ce personnage de Médée…j’ai découvert cette femme descendante du soleil, mais adorant l’obscurité dans ce qu’elle a, à la fois de terrible et de fascinant.
J’avoue pourtant que la lecture de ce livre n’a pas été facile. Ce qui m’a frappée dans ce livre et partagée, c’est la force évocatrice de l’écriture elliptique, poétique et violente à la fois…certaines scènes m’ont paru quasiment insoutenables ! C’est un livre plein d’émotions : rage, fureur, amour, peur, encore et toujours la peur. C’est un livre que l’on ressent, que l’on sent, que l’on entend, que l’on voit : les hommes hurler, les vagues briser la coque, le feu, la puanteur de la mort et sa folie…

Une écriture haletante, vibrante, saccadée, hachée, convoquée par l’urgence pour écrire un personnage en fuite. L’histoire de Médée, c’est celle d’une rupture et d’une fuite en avant : un père redouté, un frère démembré, un amour bafoué.

Cette Obscure Clarté de l’air (Gallmeister)  est une histoire pleine de rage, de trahison, de souffrance, de vengeance, une histoire qui dérange car on peut la comprendre Médée, monstrueuse et pourtant terriblement humaine.

C’est un roman brillant et puissant, que vous apprécierez ou que vous détesterez mais qui en tous les cas ne pourra pas vous laisser indifférent…

L’auteur:

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. 

David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. Il remporte le prix Médicis étranger, en novembre 2010, le prix des lecteurs de L’Express, le prix des Lecteurs de la Maison du Livre de Rodez et le prix du Marais en 2011. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

Le détail:

David Vann a choisi de revisiter le mythe de Médée par une approche historique. Son livre se déroule donc à l’époque réelle de Médée (~ -1250 av. JC) et, pour cela, David Vann s’est appuyé sur les dernières découvertes archéologiques « dans un souci de réalisme constant ». Voici quelques années, il a même été capitaine d’un navire de l’Egypte ancienne, une reconstitution imaginée par un archéologue qui lui a permis de remonter le temps jusqu’à celui des Argonautes, il y a près de trois mille cinq cents ans.

La parenthèse:

Le mythe de Médée n’en finit pas d’inspirer, d’être rejoué ou d’être réécrit… Le pouvoir de la magie et la passion destructrice ont fasciné les créateurs, et les spectateurs, depuis l’Antiquité grecque jusqu’à aujourd’hui. Car s’y expriment les côtés les plus sombres de l’âme humaine jusqu’au fratricide, au régicide et à l’infanticide !

Murielle Trouve pour MassCritics

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