L’oeil de la nuit_Ami du mystère (Serge Lehman)

Un album réjouissant qui détonne par son originalité! 16/20

Le synopsis:

Théo Sinclair va mourir. Puis revenir à la vie, transfiguré, changé à jamais. Ce fils de bonne famille passionné de sciences va devenir L’oeil de la nuit dans le Paris coloré et truculent de 1911. Accompagné par une femme fatale anarchiste, une télépathe indou et un savant fou suisse, notre héros part à l’aventure.

La critique:

L’oeil de la nuit ne laisse pas indifférent. En effet, cet album fait partie de ces bandes dessinée qui ont une patte, un style, voire un caractère. Leur force fait donc aussi leur faiblesse. Soit le lecteur adore soit il déteste. Au premier abord, le dessin frappe par sa singularité. Ainsi, les traits des personnages sont grossièrement tracés, les détails sont brossés, les couleurs peu nuancées. Loin des caractéristiques de la ligne claire, cette bande dessinée, entre comics et roman graphique, étonne, détonne par son ambition et son originalité sur la forme.

Aussi cet album possède une énergie particulière. Les auteurs font plus qu’assumer cet ovni. Ils semblent le présenter avec le plaisir aristocratique d’artistes conscients et heureux de surprendre leur lectorat. Sans se départir d’une forme d’indifférence quant aux remarques soulevées. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une bande dessinée innovante ou inédite, mais elle peut à certains égards sidérer par son parti pris.

L’histoire est également de cet acabit, tordue, vive, baroque. Présenter Théo Sinclair comme revenant d’entre les morts pour se lancer dans une course poursuite à travers Paris, Genève et la Suisse accompagné de compagnons étranges et extravagants est une suite logique de la prétention des auteurs à nous faire vivre un moment spécial. Aussi, l’histoire est divertissante (vol de momie martienne…). Elle amène les personnages à traverser des paysages très différents, toujours dans ces teintes de couleurs particulières, soutenues par ce trait singulier.

Par ailleurs, entre délires et hallucinations, la perception altérée des personnages de leur environnement plonge le lecteur dans un monde ou rien n’est sûr, ou plutôt tout est possible. Le contraste entre cet ensemble des possible et le cadre rassurant et sans surprises des grands immeubles parisiens aux façades inamovibles, aux voitures du début du siècle dernier, rassurantes de lenteur, produit un cocktail piquant.

Cette expédition de haut vol aux airs de périple rocambolesque se fait sur un rythme tendu, nerveux. Les personnages semblent vouloir accélérer la mesure du temps et précipiter les péripéties. L’action est donc au coeur de cet album qui ne perd jamais ni en vitesse ni en intérêt. Pour autant, ce mouvement presque continue n’empêche pas des dialogues de qualités, qu’ils soient informatifs ou plus légers. De fait, les échanges entre les personnages sont un autre point fort de L’oeil de la nuit. Tout en accompagnant l’atmosphère ésotérique de l’album, ils permettent de se saisir des nuances. Un esprit qui va dans le sens de l’originalité de cette bande dessinée.

Le pari est beau parce que très risqué. En effet, la profusion de bandes dessinées requiert de la part des éditeurs de cerner les attentes et les goûts des lecteurs. Or, cela implique souvent une forme d’académisme un peu navrant. Delcourt a parié sur Serge Lehman et Gess pour faire quelque chose de différent. Ça l’est. Est-ce une réussite? Objectivement, cet album est réjouissant. Le lecteur entre dans cette histoire prudemment, sans saisir les codes et la forme, avant de s’y fondre avec le plaisir que procurent les bandes dessinées pensées comme objet à part entière et non comme reflet des autres.

L’auteur:

Serge Lehman est né en 1964. Ecrivain, scénariste et critique français, il travaille sur les univers de la science-fiction et du fantastique depuis plus de 25 ans. En effet, il tient particulièrement à cet univers, estimant que la culture française est « terrorisée par le futur et les sciences ». Il est connu pour avoir travaillé notamment sur les albums suivant, Thomas Lestranges, La Brigade chimérique ou encore Metropolis.

Le détail :

L’oeil de la nuit – Ami du mystère est un album à plusieurs degrés de lecture. On peut s’arrêter à la première en lisant une bande dessinée distrayante, mais on peut aussi pousser un peu plus loin. Ici, les auteurs ont signé un hommage, un manifeste à la littérature fantastique de la fin du XIXeme et du début du XXeme siècle. On peut également relever que les hallucinations et tout le contexte ésotérique, la soif de savoir, est contemporaine de l’éclosion de nouvelles sciences, d’un nouveau monde, d’un nouveau siècle.

La parenthèse:

Théo Sinclair, l’Oeil de la nuit est un personnage qui apparaît dans une création de Sege Lehman, La Brigade chimérique sous le nom de Nyctalope. Si le même nom n’est pas utilisé dans la présente bande dessinée, cela serait dû à des problèmes d’autorisations. Il est cependant le seul des personnages présents à revenir depuis un précédent album de l’auteur.

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