M –Le bord de l’abîme (Bernard Minier)

«Hong-Kong Calling» 18/20

Le synopsis:

Moïra, jeune française expatriée à Hong-Kong, débarque chez MING, géant mondial en matière de nouvelles technologies. Elle est contactée par la police afin de jouer les taupes au sein de l’entreprise. En plus de la personnalité trouble de son nouvel employeur, Moïra va vite découvrir que la vie au sein du Centre, siège ultra-moderne de MING, est plus risquée qu’il n’y parait. Les morts suspectes s’y multiplient tandis qu’un tueur particulièrement pervers sévit à Hong-Kong et s’en prend à d’anciennes employées de la firme. La mission de la jeune française va se transformer en une quête de vérité qui pourrait bien la faire basculer dans un monde où violence et technologie se mêlent alors qu’un effroyable typhon s’approche de la ville et menace de tout emporter avec lui.

La critique :

Après Une Putain D’Histoire, Bernard Minier met une nouvelle fois son personnage fétiche, le commandant Servaz, avec une réussite extraordinaire. On reproche souvent à cet auteur de tirer en longueur le début de ses romans mais pas ici. Dès les premières pages, nous sommes plongés dans l’ambiance étouffante de MING, puissante firme omniprésente dans la vie des ses employés. L’auteur nous plonge rapidement dans ce monde à part qu’est Hong-Kong, entre faste et misère, modernité et tradition. De plus, malgré la complexité des thèmes abordés, Bernard Minier réussit à nous accrocher facilement en vulgarisant toute ces technologies sans perdre en crédibilité.

Comme toujours avec cet auteur, les personnages sont tous très soignés. Qu’il s’agisse de Moïra, l’héroïne en quête tant d’un avenir que d’un passé aux contours flous ; de Ming lui-même, entrepreneur aux 2 visages entre tradition et modernité à l’image de Hong-Kong ; de son fils Julius ; le personnage le plus cliché du roman, ce qui accentue notre antipathie à son égard ; de Chan, jeune policier prêt à tout pour résoudre son enquête ou plus généralement de tous les employés de MING, collègues plus ou moins proches de Moïra. Cette diversité des personnages se retrouve aussi dans leurs origines ethniques, l’entreprise ayant tenu à rassembler dans son Centre les cerveaux les plus brillants de chaque pays. Si parfois, la multiplication des personnages peut facilement perdre le lecteur, dans ce roman, tous sont très différents et tout reste clair.

Pourtant, 2 des principaux protagonistes ne sont pas humains. Il s’agit tout d’abord de DEUS, un assistant personnel artificiel qui est le projet numéro 1 de MING. C’est DEUS que travaille Moïra, interagissant avec lui afin d’évaluer son évolution et de l’aider à humaniser ses réactions et échanges. DEUS est une Intelligence Artificielle si complexe qu’il lui est possible d’influencer les décisions de son utilisateur par sa connaissance de ce dernier. Cette IA possède une personnalité propre lui venant des ses échanges avec les employés du Centre.

L’autre protagoniste non humain n’est autre que Hong-Kong elle-même. Fascinante par cette dualité entre opulence et pauvreté et cette opposition entre tradition et modernité décidément très présente dans ce roman. Hong-Kong, à l’instar de DEUS, influence et façonne les différents personnages.  A un tel point que ce roman ne semble pouvoir se dérouler nulle par ailleurs.

Malgré ses presque 600 pages, M-Le Bord de l’Abîme est un roman qui se lit très vite tant son intrigue est addictive et finement menée. La qualité d’écriture de Bernard Minier est toujours exceptionnelle. Malgré un sujet aussi pointu, il arrive à conserver une fluidité incroyable. Le choix des chapitres relativement courts accentue également ce confort de lecture et son addiction. Un autre point fort de ce livre réside dans les différentes enquêtes qu’elles soient menées par Moïra, chan ou d’autres. Si ces intrigues s’entrecroisent régulièrement, jamais elles ne s’emmêlent. Bernard Minier joue et jongle avec elles pour toujours mieux nous manipuler. Il multiplie les pistes et les angles d’attaque de ces différentes enquêtes selon la personnalité de celui ou celle qui la mène.

Pour finir, ce thriller cache un vrai sujet de réflexion quant à notre dépendance aux nouvelles technologies, chacun se faisant sa propre opinion sur le sujet. Alors, M-Le Bord de l’Abîme, techno-thriller intelligent ? Oui, mais surtout un grand roman très intelligemment écrit par un auteur au sommet de son art. On en redemande.

L’auteur :

Né en 1960 dans l’Hérault, Bernard minier grandit au pied des Pyrénées qui auront toujours une place dans son œuvre (Glacé). Il fait carrière dans les douanes lorsqu’il se décide à envoyer un manuscrit de roman à un éditeur. Glacé, son premier thriller, est publié en 2011 et rencontre très vite un énorme succès. Il s’agit de la première apparition du commandant Servaz, policier toulousain, amoureux des mots et du compositeur Gustav Mahler. Il reviendra dans Le Cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit et Sœurs. Une Putain d’histoire et M-Le Bord de l’Abîme (XO éditions), son dernier roman paru , sont quant à eux des one shots sans lien avec ses autres livres. Bernard Minier est également membre de la Ligue de l’Imaginaire, avec entre autres Franck Thilliez, Maxime Chattam, Olivier Norek ou Henri Loevenbruck.

Le détail :

En choisissant un thème très actuel comme l’intelligence artificielle et les assistants personnels, Bernard Minier a pris le risque d’être critiqué à vouloir surfer sur la vague en étant pro IA ou de passer pour un rétrograde en étant contre. Dans ce livre, même s’il est clairement annoncé, le danger que peut représenter l’IA pour la vie privée, l’auteur donne tout de même quelques pistes là où elle pourrait être bénéfique. Mais finalement, l’Homme n’est-il pas clairement le seul responsable de toutes ces dérives technologiques ?

La parenthèse :

Si la majorité des scènes de la tétralogie Servaz se déroulent en France (et particulièrement dans le Sud-Ouest cher à l’auteur), Bernard Minier nous a tout de même emmenés en Norvège dans le prologue de Nuit. Pour ses deux one shots, l’auteur a, au contraire, choisi de les faire se dérouler à l’étranger. Après l’Amérique du Nord et plus précisément Seattle et sa banlieue pour Une Putain d’Histoire, c’est à Hong-Kong que se déroule la quasi-intégralité de son dernier roman. 

Sébastien L. pour MassCritics

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