Miss Crampon (Claire Castillon)

L’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose (M.Proust) 14/20

Le synopsis :

Suzine est une adolescente de 13 ans. Souvent, elle se « chut », cheveux plaqués sur ses oreilles pour éviter de contrarier son entourage. Après une dispute avec ses meilleures amies, elle se retrouve seule. Pour regagner confiance en elle, elle va puiser au plus profond d’elle-même, quitte à participer à l’élection de Miss Crampon au club de foot et se dévoiler aux yeux de tous.

La critique :

On passe tous par cette période où on a l’impression d’être dans un manège à sensation infini : l’adolescence. Même si la mienne est déjà loin derrière moi, j’ai pris plaisir à me plonger dans la vie de Suzine. Je me suis prise à me souvenir de certains moments de ma propre adolescence.

Claire Castillon nous raconte l’histoire de Suzine. Ado de 13 ans, enfant de parents divorcés, accro à son portable, elle a du mal à trouver sa place. Banal pour une ado de sa génération me direz-vous. Sauf que notre héroïne a 2 grands secrets qui font d’elle un être à part. Avec son prénom peu commun et l’histoire qui en découle, la jeune fille a déjà une réflexion très mûre pour son âge à cause ou grâce à eux. Depuis l’âge de 5 ans, elle se « chut » : elle ne dit jamais ce qu’elle pense et en a un fait un principe de vie. Elle a appris à devenir l’incarnation exacte de ce que les gens attendent d’elle. Elle veut qu’ils soient heureux, même si elle souffre.

A cette période où on est en pleine crise identitaire, cette décision va malheureusement lui jouer des tours mais elle se relèvera avec malice et intelligence (je ne vous spoile pas la fin, promis) en donnant une belle leçon de vie. Avec humour, l’auteure apporte un regard juste sur le rôle de l’entourage pour cette recherche. Alors qu’elle joue sur la notion de famille recomposée et de place à (re)trouver, elle met en évidence l’importance de trouver sa place au sein d’un groupe (familial ou amical) pour s’épanouir, pour se dépasser et enfin trouver cette fameuse confiance en soi tant recherchée.

Au-delà de cette prise de conscience, on revit à travers les yeux de Suzine nos propres années d’ado : les premiers coups de cœurs et les premiers amours, les « je t’aime moi non plus » entre amis, les petits arrangements avec la vérité, la peur de décevoir, … Tout ce qui fait de cette période un moment plus au moins agréable, surtout lorsque l’on est différent.

Car, Suzine est différente de tous les autres, et tel est son second secret. Alors qu’elle pensait vivre un rite de passage obligatoire pour devenir un adulte, elle est atteinte de surdité et se fait appareillée. Différente, elle a caché son secret de peur d’être rejetée, d’être « l’handicapée de service » qui inspire de la pitié. Elle qui est frustrée d’avoir grandie seule, elle se retrouve alors rejetée et humiliée par ses amies lorsqu’elle relève son secret. Claire Castillon nous offre une réflexion très juste sur l’acception de l’handicap chez les enfants/adolescents, chez qui la moindre différence devient un motif d’exclusion, voire même la moquerie. En utilisant la première personne, il est très facile de se sentir concerné. On ressent ainsi la tristesse de l’héroïne quand elle évoque ces événements. Les jeunes lecteurs sont ainsi invités à s’interroger sur le regard qu’eux-mêmes apportent à ce genre de situation.

Après s’être une nouvelle fois chutée, Suzine se trouve en plein milieu d’une querelle entre ses meilleures amies. Elle qui a toujours fait en sorte de ne pas déplaire ni à l’une ni à l’autre se retrouve être l’objet de méchanceté, de brimades en tout genre. Sans jamais dire le mot, l’auteure évoque entre les lignes le thème du harcèlement. Notre jeune héroïne, d’ailleurs, évoque bien cette dépendance qu’elle voue à ses amies et se questionne sur son intérêt, tandis que le petit ami de sa mère met le doigt sur le comportement de ses « soi-disantes » amies. Même si l’histoire finit bien, Claire Castillon rappelle avec cette affaire que les enfants sont loin d’être toujours tendres entre eux.

Pourtant, de la tendresse, il y en a tout au long du livre. Suzine est entourée de personnes qui l’aime : sa mère poète à ses heures perdues, son père à tendance tyrannique qui finira par s’adoucir, sa grand-mère fantasque qui complote pour récupérer son époux, le copain de sa mère qui la soutient lors de l’élection, sans oublier sa belle-mère qui se révèle être une amie et une alliée de taille. Cette galerie de personne lui apporte les clés pour prendre confiance.

Même si elle se trouve un peu jeune pour tomber amoureuse, il est question dans le livre des premiers amours, des signes avant coureur du premier baiser … moment tant redouté mais aussi tant attendu par les enfants de cet âge. L’auteure touche dans le mille en évoquant le balbutiement du sentiment amoureux en usant d’une plume qui fera sourire le jeune lectorat.

Il se retrouvera également lorsqu’il sera question de l’importance de l’apparence. Alors qu’elle se retrouve mêlée à une histoire de garçons, Suzine ne comprend pas pourquoi on lui tourne autour, elle qui est « normale », qui n’a pas le physique pour devenir la nouvelle Miss Crampon du club de foot local. Cette élection est pourtant considérée comme étant plus importante aux yeux de l’ensemble des jeunes filles que l’élection de Miss France, celle qui permet d’être quelqu’un au collège. La question de l’apparence est, comme le reste, un élément important pour les jeunes de cet âge. A travers Suzine, il est intéressant de voir que l’auteure rappelle que le plus important n’est pas l’image extérieure, mais ce que chacun à au fond de son cœur. Même si cela est un peu conceptuel pour des adolescents pour qui le regard des autres est important.

J’ai passé un agréable moment auprès de Suzine et je conseille aux lecteurs de tous âges de rencontrer la plume de l’auteure. Les sujets évoqués au fil des pages feront raisonner une multitude de questions et de souvenirs. Les plus jeunes, quant à eux,  se sentiront concernés par les situations et seront invités à se questionner sur leur propre comportement.

L’auteur :

Claire Castillon est une auteure française qui écrit aussi bien de la littérature contemporaine ou encore des nouvelles.

Le détail :

Lorsque Suzine est en vacances à la montagne avec son père, l’auteure évoque « Formidable » de Stromae lors d’une discussion entre l’héroïne et ses amis. Il est également cité lors de la soirée karaoké lorsque la belle-mère de Suzine entonne « Tous les mêmes ». Il est amusant de voir que les stations de ski sont une source d’inspiration pour les chansons. En effet, qui n’a jamais fredonné « Just Because of You » écrite par Pierre Bachelet en pensant au film « Les Bronzés font du ski » ?

La parenthèse :

Claire Castillon est une plume connue auprès des adolescents. Elle écrit plusieurs fictions pour la jeunesse, notamment Les Piqures d’Abeilles ou Proxima Du Centaure. Dans chacun de ses romans, elle met en avant les relations entre ses protagonistes et notamment sur la relation mère/fille. L’auteure donne une part également importante aux sentiments, qu’il soit amoureux ou amical.

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Magalie de MassCritics

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