On habitera la forêt (Esmé Planchon)

Écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe (Hegel) 13/20

Le synopsis:

Quand on est citadine, passer des vacances à la campagne peut faire un bien fou. Celles-ci sont l’occasion pour Joyce, enfant bohème, de faire ce que beaucoup de personnes aimeraient : Vivre dans les arbres. Cependant, tout bascule lorsque un promoteur s’en prend à la forêt…

La critique:

Il n’y a pas d’âge pour rêver de cabanes dans les arbres, pour se sentir en accord avec la nature, pour se soulever contre une décision que l’on trouve injuste, se sentir vivant grâce à l’art … Dans son roman, Esmé Planchon joue la carte de l’adolescence pour sensibiliser les lecteurs à l’écologie, à l’art ou encore à la filiation. Même si les thèmes ont éveillé ma curiosité, le livre m’a laissé un goût d’inachevé lorsque que je l’ai refermé.

Écrit à la première personne, on suit les vacances de Joyce, une lycéenne qui connait la vie de bohème grâce à sa mère, actrice de théâtre. Alors qu’elle baigne depuis son plus jeune âge dans le monde du spectacle et de la culture, elle se retrouve un peu désemparée quand elle a pour devoir de monter un dossier sur « reprendre les termes dans le livre ». Elle décide alors de partir chez sa grand-mère, loin des quolibets et moqueries subis au lycée, pour y puiser l’inspiration nécessaire et y trouver du repos. Mais, ces quelques jours au vert lui réservent bien des surprises.

Elle y découvre en effet l’impact de la culture sur les personnes. Grâce à des rencontres inattendues dans la forêt, elle découvre sous un regard autre que scolaire les œuvres de Rimbaud et se sent comme sortie de sa chrysalide avec une approche nouvelle de l’art, bien loin des personnages joués par sa mère sous les feux des projecteurs. C’est aussi grâce à une appréhension nouvelle de la culture qu’elle va découvrir sa grand-mère, actrice dans sa jeunesse et pianiste en cachette : la culture devient alors un lien intergénérationnel, une manière de se découvrir et de se dévoiler. L’auteure s’en sert aussi comme liens entre les personnes pour défendre une cause commune, comme elle le décrit lors du cabaret dans la forêt.

Car, comme le titre du livre l’indique, il est question de forêt tout au long du livre. Même si le sujet tarde à pointer le bout de son nez, Esmé Planchon sensibilise le lecteur à l’écologie, à l’importance de la nature. Ici, vous n’aurez pas de grandes descriptions botaniques, de termes en latin purement biologiques, ce qui rend la lecture fluide et adapté à tous. En évoquant l’arrivée d’une entreprise dans un coin de verdure perdue, prête à détruire une forêt dans sa quasi-totalité afin d’y implanter des sapins de Noël, ce qui est un comble pour une forêt, l’auteur tourne la situation au ridicule. Il est intéressant de voir les différents motifs pour lesquels chaque personnage, chaque habitant souhaite protéger leur forêt.

Ainsi, nous sommes amenés à suivre les péripéties de Joyce, Dorothy une mono de colonie de vacances déjantée, et Sylvia une quinqua dont la vie a été chamboulée depuis peu, qui apparaît telle une fée sur les branches d’un arbre dénommé Bernard. En personnifiant celui-ci, l’auteur joue vraiment la carte de l’écologie. Je regrette cependant que ce qui semble être l’un des sujets principaux du livre ne soit pas plus développé. En effet, je n’ai pas eu l’impression d’être transportée, comme Joyce, dans ce combat pour la sauvegarde de la forêt.

La « révolution verte » n’arrive en effet qu’à la toute fin de l’histoire. L’auteur fait référence à plusieurs mouvements pour la protection de l’environnement, mais pas que. Il est intéressant de voir qu’il y a une invitation à une réflexion sur la rébellion, volontaire ou non. En évoquant mai 68 avec le personnage de Louise (en référence à Louise Michel), en parlant du mouvement des Zadiste de Notre-Dame-des-Landes, les plus jeunes sont sensibilisés a des faits de société qui ne sont pas courant dans le monde de la littérature jeunesse. Évoquer ce sujet brûlant, c’est aussi une façon d’évoquer et d’interpeller chaque lecteur sur sa propre implication, quel que soit le domaine.

On peut, en effet, voir à travers les lignes une réflexion sur l’implication ou là non implication, sur les moyens de mobiliser les foules, d’inciter au dialogue et à la sensibilisation autrement que par la force. Dans le cas présent, l’utilisation d’un cabaret, ce qui implique une grande mixité, écoute, et de la coordination, montre à chacun que la moindre petite implication est importante.

De plus, l’auteur privilégie l’importance de la culture. Car l’étude des poèmes de Rimbaud par Joyce non anodine, l’apparition telle une fée du personnage de Silvia au prénom en adéquation avec le milieu où évolue l’ensemble des personnages… Tout est fait pour inviter le lecteur à se questionner sur son engagement et sur l’écologie.

Un autre sujet me semble important. À travers les différents personnages, que ça soit à l’école, chez sa grand-mère, ou avec ses amis, l’auteur pose la question de la filiation de Joyce. Tandis qu’au lycée elle subit sa vie de lycéenne alors qu’elle rêve d’amitié, elle trouve au sein de la forêt une amitié solide, mais pas que. En effet, il y a également la question de sa propre filiation entre sa mère et sa grand-mère. Joyce découvre sa grand-mère à travers notamment le piano, mais elle découvre également la relation que les deux femmes ont. il est également question de la relation mère-fille de manière plus générale : les non-dits, les incompréhensions, les appréhensions.

Si le synopsis est des plus alléchant, il me manque de la profondeur pour apprécier pleinement l’ouvrage. Pour moi, les sujets sont traités trop superficiellement alors qu’ils méritaient d’être plus développé. La plume fluide, le côté décalé des personnages et des situations n’ont malheureusement pas suffi pour que je me sente totalement imprégné de l’histoire. Cependant, je ne peux qu’inviter à la lecture de cette aventure, surtout les plus jeunes, car ceci y trouveront une douce entrée en matière sur les sujets de l’écologie et de la révolution.

L’auteur:

Esmé Planchon met aujourd’hui en scène des comédies musicales, mais pas que. Preuve en est avec ses deux romans On habitera la forêt (Casterman) et Faut jouer le jeu.

Le détail:

La pièce Phèdre tient un rôle important dans l’histoire. Cette tragédie écrite par Jean Racine, et l’une des premières apparitions sur scène  de l’auteur.

Jouer une pièce au milieu de la forêt écrite par un dramaturge au nom très champêtre, n’est-ce pas une jolie référence ?

La parenthèse:

Notre terre n’est pas couverte exclusivement d’eau. La preuve en est : en France la forêt occupe quasiment 30 % de notre territoire. Et même si celle-ci se s’étoffe jour après jour, il semblerait qu’elle sois aussi vaste que celle qui était présente au Moyen-Âge.

Magalie pour MassCritics

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