Par les routes (Sylvain Prudhomme)

Par les routes où quand errer, vagabonder devient l’équilibre! 17/20

Le synopsis :

Par les routes (Gallimard) : Il y a celui qui part et celui qui reste.

Celui qui reste est Sacha, écrivain solitaire qui, à l’approche de la quarantaine, quitte Paris pour V., une petite ville du Sud de la France, pour retrouver la sérénité indispensable à l’écriture de son prochain livre.

L’autre, celui qui part, c’est son ancien ami et colocataire avec lequel il partagea une vingtaine d’années auparavant de longs périples en stop durant les vacances estivales, qu’il retrouve dans cette petite ville. « L’autostoppeur » – comme il le surnomme – est désormais marié à Marie, traductrice d’italien, et père d’Agustìn, un garçonnet attachant de neuf ans. Mais il n’a pas abandonné pour autant ses virées en stop, quittant régulièrement une famille pourtant aimée pour partir sur les routes, à la rencontre d’inconnus, muni de son appareil photos pour en matérialiser les traces, les visages, les attitudes. Il part, toujours sans but précis, il part sans perspective.

Sacha va alors se rapprocher de Marie et d’Agustìn tandis que son ami s’éclipse de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, qu’il traverse et s’enfonce dans le pays en tous sens avec pour seule présence, l’envoi de ses clichés et de ses cartes postales, comme témoins de ses multiples rencontres et voyages à travers la France. Mais, peu à peu, les cartes du destin vont se redistribuer…

Un homme arrive, un autre part, le premier trouve sa place et le second s’égare.

La critique :

Dans ce dernier opus, Sylvain Prudhomme nous livre une traversée de l’Hexagone quelque peu atypique et erratique, une fabuleuse fresque de la France, dans une écriture riche, belle, poétique, évocatrice, comme une catharsis, sur fond d’envolées philosophiques, vallonnée comme les routes et les chemins. Une langue qui évoque toutes ces rêveries qui nous saisissent quand on voyage et colle le nez à la vitre et que l’on voit le paysage défiler.

Les scènes sont belles, visuelles, sensuelles avec une belle luminosité, un bel éclat et les dialogues d’un réalisme troublant, forcent la connivence avec le lecteur : on suit le héros, sur ses pas, dans ses pensées, ses doutes. On suit le quotidien d’un trio de personnages singuliers par leurs lubies, leurs tocades et, allez j’ose, vraiment attachants. Les atmosphères sont bien retranscrites, les sentiments aussi, comme la douleur de l’attente chez Marie et Agustin, l’amour chez Sasha, les silences gênés.

L’autostoppeur, personnage donquichottesque, poursuit ses pérégrinations la quarantaine assurée, pour se libérer des concepts sociétaux, des normes, des diktats communs grâce à un kaléidoscope de vies, d’intimités, qu’il surprend et que l’on découvre avec bonheur, cynisme, ironie, douleur… l’uniformité des routes et des paysages entre en opposition à la diversité des rencontres et des tranches de vie. L’auto-stoppeur, c’est son absence qui le rend présent à ceux qui restent.

Les émotions sont vivantes, vibrantes, jusqu’au rassemblement final dans une atmosphère style Woodstock, bienveillante, amicale, chaleureuse, humaine. Et ce livre, qui interroge notre rapport au temps et à la liberté, propose une réflexion intéressante sur notre rapport à l’autre.

Il y est beaucoup question d’amour. D’amour et d’amitié entre les hommes. D’amour entre deux êtres, du lien qui s’étiole avec la proximité géographique… Car le vrai sujet du roman, c’est cette question amoureuse avec les trois personnages : le narrateur omniscient Sacha, l’auto-stoppeur non nommé et Marie. C’est l’histoire d’une femme qui aime un homme, puis un autre homme, par la force des choses et des événements, qui se laisse portée par ses sentiments.

Un récit qui se termine en apothéose et qui ravivera les souvenirs de ceux qui ont pratiqué le stop dans leur jeunesse. Aussi Par les routes lu comme un road-movie n’offrira que peu de plaisir. Par contre si vous vous laisser porter par ce texte intimiste, par la capacité de l’auteur à ouvrir des chemins de réflexion alors vous connaîtrez une belle et riche expérience à le suivre ! Et sa petite musique infusera en vous quelque temps après avoir refermé le livre !

L’auteur :

Sylvain Prudhomme vit à Arles. Il a passé son enfance dans différents pays d’Afrique (Cameroun, Burundi, Niger, île Maurice) avant de venir étudier les Lettres à Paris. Il est agrégé de lettres modernes.

 Son roman Là, avait dit Bahi , relatant l’histoire d’un fermier algérien à la veille de l’Indépendance lui a valu le Prix Louis Guilloux 2012.

Son roman Les Grands (éd. L’Arbalète, Gallimard) a été désigné « Révélation française de l’année 2014 » par la rédaction du magazine Lire. Paru en 2016, le roman Légende (éd. L’Arbalète, Gallimard) a été finaliste du Grand prix de l’Académie française. Ce roman a également reçu le prix François-Billetdoux de la Société civile des auteurs multimédia et le prix Révélation de la Société des Gens de Lettres.

Ses livres sont traduits dans plusieurs langues. Il collabore chaque mois, depuis 2015, à la chronique « Écritures » du quotidien Libération.

Le détail :

Sylvain Prudhomme est le lauréat 2019 du prix Landerneau des Lecteurs des Espaces Culturels E.Leclerc, qui, dans sa quatrième édition, a distingué l’un des 336 romans français parus en cette rentrée littéraire, pour son roman Par les routes  qu’il résume en « l’auto-stoppeur est la métaphore de celui qui s’abandonne à ce qui vient. »

La parenthèse :

Le titre Par les routes fait écho à celui de Kerouac. Il convoque l’idée d’errance, de nomadisme, de voyages et de rencontres fortuites, par procuration.

Depuis 2014, Sylvain Prudhomme développe différentes formes de lectures musicales avec des compagnons de route comme le joueur de oud Fayçal Salhi, la violoncelliste Maëva Le Berre, le photographe Lionel Roux ou encore les musiciens du Super Mama Djombo Malan Mané et Djon Motta.

Murielle Trouve pour MassCritics

L’avez vous lu? Qu’en avez vous pensé? Votre note?
Page Facebook : Masscritics
Page Instagram : Masscritics

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *