Tâches Rousses (Morgane Montoriol)

Portait de famille. 15/20

Le synopsis :

Leah Westbrook a disparu lorsqu’elle avait 14 ans. Aucun corps n’a jamais été retrouvé. Des années plus tard, sa sœur aînée, Beck, s’est installée à Los Angeles où elle vit au crochet d’un homme d’affaire riche et influent. C’est là qu’elle vit par procuration ce qu’elle pense être le rêve de sa sœur, celui d’être actrice. Elle ne manque de rien mais rien ne l’amuse. Un jour, Beck pense voir un homme qui la suit, un homme qu’elle reverra ensuite.

Au même moment, un tueur en série abandonne les corps de ses victimes dans des endroits où Beck a vécu depuis qu’elle a quitté son père en Oklahoma. Est-elle liée à ces crimes ? Qui est cet homme qu’elle voit partout ?

La critique :

Il est parfois compliqué de classer un roman dans une catégorie précise. Tâches Rousses fait partie de ces livres qui naviguent entre les genres. Il passe du thriller au roman noir ou à la littérature blanche parfois au sein du même chapitre. Cette histoire mêlant meurtres, art et des sœurs liées par un lien parfois proche de la gémellité a de quoi désarçonner. Ici, Morgane Montoriol ne choisit pas la facilité. Elle donne un ton très noir et cru à son roman dès le départ à travers les récits de Wes, personnage mystérieux qui cache sa véritable nature, et de Beck, jeune femme manipulatrice et hantée par son enfance et la disparition de sa sœur.

Tout autant que le ton donné par ses deux protagonistes, leurs manières de vivre à contre courant d’une société de consommation qu’ils utilisent de façon égocentrique afin d’obtenir ce dont ils ont besoin tout en considérant leur entourage comme de simples faire valoir les rend rapidement antipathiques. Pourtant, on ne leur en veut pas et, sans cautionner leurs actes, ni les accepter, leurs choix de vie ne nous étonnent pas.

Une autre chose fait le lien entre ces deux personnages, une certaine ambivalence. Celle-ci se caractérisant par la différence entre ce qu’ils ont et l’image qu’ils renvoient d’eux. Quand Beck ne cherche qu’à projeter une image d’elle selon les personnes avec qui elles se trouvent et qui s’adaptent le mieux à la situation, Wes ne cherche qu’à se dissimuler dans un comportement parfois à la limite de misanthropie tout en se moquant de ce que les autres pensent de lui.

La lecture de ce roman a aussi un côté obsessionnel. Nous nous retrouvons vite emportés par les personnages et leur histoire de vie sans jamais pouvoir décrocher du récit. Wes, Leah, Beck, leur mére Harper, tous ont leur mot à dire sur cette histoire fiévreuse et envoûtante.

Avec Tâches Rousses, Morgane Montoriol signe un roman puissant. Elle s’invite à la table des meilleurs auteurs du genre, empruntant aux grands noms du noir américain et français. Le choix de placer l’intrigue de son roman aux Etats-Unis la rapproche forcément des américains qu’elle va battre sur leur propre terrain en usant des codes du roman noir US et en les confrontant à une certaine forme de littérature blanche de plus en plus libre de mélanger les genres sans en franchir ouvertement les frontières. Avec sa plume tantôt nostalgique et tantôt malsaine, l’auteure s’impose d’emblée comme une auteure à suivre peu importe le sujet de son prochain roman.

L’auteur :

Peu d’informations circulent au sujet de Morgane Montoriol. Elle est née en 1987 à Paris et a vécu durant une quinzaine d’années aux Etats-Unis ce qui peut expliquer qu’elle ait choisi d’y situer Tâches Rousses (Albin Michel), son premier roman.

Elle partage actuellement son temps entre Paris et le sud des Etats-Unis.

Le détail :

Beck est plus âgée que Leah. Néanmoins, les chapitres évoquant l’enfance des deux sœurs nous donne parfois des signes de gémellité. Notamment par le rapport qu’elles ont envers leur environnement, face à l’adversité et aux difficultés qu’elles doivent traverser ensemble. Cette relation parfois malsaine dans le roman ne fait que les couper d’un monde déjà dur avec elles.

La parenthèse :

L’art et le crime, ou la mort de façon plus générale, se retrouvent souvent liés dans les thrillers ou polars. Mais on les trouve aussi entremêlés dans ces romans flirtant avec les littératures noires et blanches dans des œuvres souvent riches et complexes, au rythme lent, privilégiant plus l’ambiance que l’action.

Qu’il s’agisse de littérature ou de peinture chez Donna Tartt avec Le Maître Des Illusions et Le Chardonneret ; de musique chez Benjamin Wood avec Le Complexe D’Eden Bellwether ou de cinéma chez Marisha Pessl avec Intérieur Nuit, les différentes formes d’art ainsi que leurs milieux (souvent représentés comme élitistes) confrontés à un acte de violence soudain inspirent certaines des plus belles plumes de la littérature.

Sébastien L. pour MassCritics

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