Ted (Pierre Rehov)

«Les racines du Mal» 16/20

Le synopsis :

Ted (La mécanique générale) : Floride, janvier 1989, Ted Bundy, coupable de 100 viols, de torture et de meurtres, attend son heure dans le couloir de la mort. Lors de sa dernière confession, il remonte jusqu’aux prémices de sa folie meurtrière et prétend ne pas avoir été maître de lui lors des ces meurtres.

Moscou, avril 1933, Timofey Bogaievski, professeur de physique et spécialisé dans le domaine quantique, correspondant d’Einstein et de Schrodinger, s’apprête à quitter femme et fils le temps d’une conférence réunissant certains des plus grands savants de l’époque.

Que peuvent avoir en commun ces 2 histoires se déroulant en des lieux et des époques totalement opposés ?

La critique :

La double intrigue que nous propose Pierre Rehov est un voyage aux côtés de 2 hommes que tout oppose ou presque. Ce roman, car il s’agit bien d’une fiction même si l’auteur a puisé dans l’histoire du célèbre tueur pour nous conter ses derniers moments comme dans les heures les plus sombres de la dictature communiste, est présenté avant tout comme un roman noir par les références à Bundy. Pourtant, le récit du professeur Bogaievski prend rapidement l’ascendant sur celui du tueur. La force et la noirceur de cette histoire d’un quidam embarqué bien malgré lui dans une lutte pour retrouver les siens et pour sa propre survie dans l’Union Soviétique de Staline vampirisent notre attention au détriment du serial-killer dont les interventions bien que malsaines et sanglantes offrent une certaine forme de respiration et de luminosité face au rude climat soviétique.

Cette opposition de climats entre les Etats-Unis de Bundy et l’Union Soviétique de Bogaievski se retrouve inversée chez les 2 protagonistes principaux du roman. L’américain froid et calculateur face au russe altruiste et profondément humain. Il n’y a que l’intelligence et la volonté de survivre qui semblent les lier même s’ils utilisent leurs capacités intellectuelles de manières et dans des buts différents. Quand Bundy impose, Timofey propose.

Pierre Rehov nous ballade entre les époques avec une facilité déconcertante. Impossible de se perdre dans ce double récit tant sa construction est parfaite et nous emporte auprès du professeur ou du tueur en série. La tension présente dans chacune des histoires devient rapidement addictive et nous donne envie de connaître au plus vite la suite des confessions de Bundy ou de la vie du professeur sans pour autant être tenté de passer un chapitre pour rejoindre l’un ou l’autre des protagonistes.

Au-delà du roman noir, l’auteur, à travers ses personnages soviétiques, renforce le côté réaliste, limite historique, du récit de Bundy. Cela donne à ce Ted une puissance d’évocation supérieure à une simple fiction classique puisque agencé autour de faits avérés. Le style d’écriture de Pierre Rehov est également important car il reste toujours fluide sans se perdre dans une multitude de détails qui pourraient noyer le récit et en alourdir l’action, l’auteur entremêlant toujours réalité et fiction en usant des codes du roman noir. Par cela, ce roman s’inscrit assez logiquement dans la mouvance dite du True Crime.

Loin de n’être qu’un simple divertissement grâce à ces bases historiques et aux confessions de Bundy bien que ces dernières soient romancées, Ted est également une réflexion à peine déguisée sur l’évolution de la nature humaine face à la violence et l’influence du milieu dans lequel nous vivons sur notre comportement.

Pierre Rehov nous offre avec Ted un excellent moment de lecture parfois d’une noirceur abyssale et effrayante de réalisme qui se lit rapidement et nous laisse le souffle court.

L’auteur :

Pierre Rehov est le pseudonyme choisi par un romancier, reporter et réalisateur de vidéos engagées pour la cause israélienne. Il a également publié sous le nom Pierre Malvire et, il considère son activité d’écrivain comme la principale, la réalisation de documentaires étant secondaire à ses yeux.

Le détail :

Au cours de la partie du récit concernant le professeur Bogaievski, la situation de l’Allemagne de l’époque est souvent évoquée par les différents protagonistes. Timofey y voit d’abord un pays plus ouvert que le sien avant de comprendre que la montée du nazisme est en train de changer radicalement la donne. Les personnages parlent alors d’un pays en perdition, sombrant dans la dictature, où les libertés tombent les unes après les autres mais, jamais ils ne font le lien avec leur propre situation. Pour eux, l’analogie entre les 2 pays n’est pas envisageable.

La parenthèse :

Depuis plusieurs années déjà, les livres ayant pour sujet les tueurs en série se multiplient adoptant le plus souvent un ton qui reste celui du documentaire voire celui du roman d’épouvante afin de choquer toujours plus le lecteur et de mettre le spectaculaire en avant.

La qualité d’écriture de Stéphane Bourgoin, référence en la matière, a permis d’étoffer la richesse littéraire des œuvres consacrés au serial-killers et ainsi, les mettre un peu plus en valeur. D’autres auteurs, à l’instar de Fabio M.Mitchelli choisissent de croiser réalité et fiction dans leurs livres en traitant certains cas sous un angle romanesque. Ce genre littéraire, appelé True Crime se développe de plus en plus dans la littérature noire.

Sébastien L. pour MassCritics

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Une pensée sur “Ted (Pierre Rehov)

  • 3 mai 2020 à 9:07
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    Un roman à couper le souffle, en effet ! Bravo pour cette critique inspirante d’un livre assez hors du commun.

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