Une famille presque normale (M.T Edvardsson)

«Une famille en or ?» 16/20

Le synopsis :

Une famille presque normale : Pasteur respecté et apprécié de Lund, petite ville de Suède, Adam Sandell vit avec sa femme Ulrika, avocate, et leur fille de 19 ans, Stella dont le rêve est de partir en Asie pour un road-trip en solitaire. Rien ne distingue les Sandell des autres familles de la ville. Comme eux, ils sont sous le choc lorsque Christopher Olsen, un homme d’affaires trentenaire à la réputation sulfureuse est retrouvé poignardé dans une aire de jeux. C’est alors que Stella est arrêtée et accusée du meurtre. Mais comment pouvait-elle connaître cet homme plus âgé et quel rapport avait-elle avec lui ? La famille « parfaite » que représente les Sandell peut-elle résister à cet événement ? Sont-ils prêts à tout pour Stella et pour que la vérité éclate, même si cette vérité n’est pas celle que l’on croît ?

La critique :

La première impression que nous donne ce roman est celle d’un thriller domestico-judiciaire assez classique, le genre étant très en vogue actuellement. Mais, ce n’est qu’une impression. Car, M.T Edvardsson construit si habilement son intrigue qu’il nous embarque dès le court prologue dans les souvenirs des membres de la famille Sandell, leurs différentes visions des événements ainsi que leur vie privée.

En effet, pour nous exposer son intrigue, l’auteur a choisi de nous la présenter en 3 parties distinctes. Chacune adopte ainsi le point de vue d’un des membres de la famille. Par cette astuce de narration, il nous permet non seulement d’avancer dans la compréhension et la résolution du meurtre de Chris Olsen mais surtout, il nous permet de connaître cette famille de l’intérieur avec les émotions ressenties par chacun d’eux mais aussi leur façon personnelle d’appréhender leur vie quotidienne par rapport aux autres.

Nous vivons donc tour à tour la vie d’Adam, Ulrika et Stella dans leur quotidien et ne pouvons qu’interpréter les choix des uns et des autres en toute objectivité sans arriver au terme de ce roman et de se détacher des Sandell. Le fait d’offrir aux lecteurs 3 visions différentes de la même histoire, de certaines périodes en les soumettant donc à l’interprétation qu’en fait chacun des protagonistes renforce le côté addictif de ce thriller. Il nous force à faire des recoupements entre les diverses informations que nous apprenons en passant de la perception d’un personnage à celle d’un autre.

Ces bribes d’informations nous permettent également de mieux percevoir que, sous le portrait de famille épanouie offert par les Sandell, se cache un mal-être qu’ils se cachent les uns aux autres de façon plus ou moins efficace. L’accusation de Stella amène ses parents dans leurs extrêmes limites. Leur instinct parental qui les pousse à tout entreprendre pour prouver l’innocence de leur fille se heurte à leur profession respective, pasteur et avocat. La loi divine et la justice des hommes peuvent-elles surpasser l’amour d’un père et d’une mère pour leur enfant ? Foi et moralité font-elles le poids ?

M.T Edvardsson maîtrise parfaitement son art. Il ne nous livre donc qu’avec parcimonie les différents éléments afin de résoudre le mystère de la culpabilité ou non de Stella Sandell. Ainsi, il nous transforme en enquêteur/voyeur jusqu’aux dernières pages de son livre. Sous couvert d’une enquête apparemment classique, l’auteur nous livre en fait une page de la vie d’une famille qu’une accusation de meurtre peut faire imploser ou la réunir.

Ce roman se lit très vite par la taille des chapitres mais aussi la qualité d’écriture de M.T Edvardsson. Il parvient par cette astuce narrative de découper son récit en trois, avec trois narrateurs différents, à nous mener là où il le désire sans que nous y voyons aucune objection. Ce premier roman traduit en français est donc une très bonne surprise. Il s’échappe du carcan des thrillers domestiques par l’ajout d’éléments tirés des romans noirs et en mixe le tout avec un sujet malheureusement d’actualité.

Le détail :

Le choix de la profession des parents de Stella Sandell n’est pas anodin pour le déroulement de l’enquête. Non seulement il permet à l’auteur de pousser plus loin sa réflexion sur la capacité qu’ont des parents à tout sacrifier pour sauver leur progéniture mais, il pose également la question du regard des autres membres de la communauté, y compris les collègues de Adam et Ulrika, quant à la possibilité d’user de leurs situations professionnelles afin d’influencer sur la décision de la justice et leur légitimité à continuer d’exercer leur métier.

L’auteur :

Né en 1977 en Suède où il réside toujours et où il y est enseignant dans le secondaire, M.T Edvardsson est l’auteur de 5 romans dont 2 destinés à la jeunesse. Une famille presque normale (Sonatine) est son premier roman traduit en français. Il a été un énorme succès dans son pays natal avec plus de 130.000 livres vendus.

La parenthèse :

Le meurtre au sein d’une petite communauté sans histoire et ses conséquences sur celle-ci est un sujet classique mais ô combien efficace dans la littérature noire. Que ce soit Greg Iles avec le bien nommé Une Petite Ville Sans Histoire, Stephen King avec Dolores Claiborne ou, dans un genre plus fantastique L’Outsider, ou encore , plus récemment Danya Kukafka nouvelle venue et déjà adulée par ses pairs avec son formidable Dans La Neige, les auteurs puisent très régulièrement leur inspiration dans de petites bourgades paisibles ou presque…

Sébastien L. pour MassCritics

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