Vanda (Marion Brunet)

Mer ou Mère… Paire ou Père… pauvre Noé ! 14/20

Le synopsis: 

Une mère : Vanda, un peu paumée, un peu larguée, réfractaire, en colère !

Un père : Simon, endeuillé, en quête identitaire !

Entre : Noé, surnommé « Bulot », petit homme de 6 années… adoré par sa mère, envié par son père.

À Marseille, Vanda tente d’élever, envers et contre tous, son fils Noé, qu’elle aime d’un amour passionné et fusionnel, en marge de la société dans un cabanon sur la plage. Tout est précaire : son contrat de travail, son foyer, ses amours, ses « amis », tout, sauf l’amour inconditionnel et intemporel qu’elle voue à son petit « bulot ». Jusqu’au jour où Simon, le père de l’enfant, parti à Paris sept ans auparavant, découvre ce fils dont il ne soupçonnait même pas l’existence, d’autant plus, que Chloé, sa compagne rejette la maternité. De là à ce que ce nouveau papa se sente investi d’une mission protectrice, il n’y a qu’un pas…qu’il franchit allègrement, au grand désespoir de Vanda qui ne vit que pour l’amour exclusif et dévastateur de son Noé et n’envisage pas de le partager. Vanda a peur. Peur que sa bulle explose, peur que le duo mère-fils se disloque. Alors elle se démène, se débat, Vanda, pour protéger sa liberté et leur vie à deux, est entêtée Vanda, comme toute bretonne qui se respecte, bordélique, colérique, border line…mais parfois la colère tue !

La critique : 

Marion Brunet a l’art de vous alpaguer dès les premiers mots pour ne plus vous lâcher. Et ce fut mon cas. Marion Brunet, c’est un style d’écriture certes, mais c’est surtout un cri, une langue abrupte qui témoigne d’un regard juste et révolté sur les drames, misères, injustices devenues silencieuses à défaut d’être visibles. On alterne dans ce récit avec la voix de Vanda puis celle de Simon. Leurs angoisses se rejoignent. Vanda et Simon, deux êtres qui ont grandi sans père. Elle en mère farouchement possessive et lui qui découvre la paternité et veut l’assumer en apportant un peu de confort et de stabilité à son fils, Noé, viscéralement rattaché à sa mère, comme un bulot à son rocher. Le roman se construit alors sur la tension qui naît et croît quand Vanda réalise que Simon envisage de se rapprocher de son fils. Une tension que l’auteur orchestre à merveille et que le lecteur ressent au fur et à mesure des pages, sans savoir sur quoi elle va déboucher.

Vanda, une abîmée de la vie, enragée, seule et isolée, excentrique et décalée et Simon, lâche et malheureux et Noé, le « bulot » qui grandit trop vite et comprend la névrose de sa mère malgré l’immensité de son amour et qui en souffre. Elle, fière malgré ses échecs et sa peur, ne baisse ni les bras, ni les yeux. Elle a fui sa mère qui s’envoyait des hommes comme on enfile des perles. Lui est graphiste, à Paris, sérieux presque casé ; elle, est imprévisible, fantasque…Simon élégant, raffiné et elle tatouée et féline. On pourrait reprocher à Marion Brunet des personnages au ton un peu trop vulgaire. Parce que Vanda ne mâche pas ses mots, jure comme un charretier, gueule sa rage et son amertume. Mais on s’habitue aux mots forts et crus. Et malgré ses failles, ses débordements, son inconscience, le personnage de Vanda attire…j’ai moi-même fini par m’attacher à elle, par envier son courage à vaincre l’adversité et la précarité de la vie.

On vit les personnages de l’intérieur avec toute la palette de leurs émotions. On est sur la plage avec eux à entendre le ressac, le vent, les cris, la musique, à sentir le souffle de l’air iodé et enfumé.

Un beau roman, à la syntaxe variée et complexe, nerveuse et rythmée, qui sait s’adapter aux différents protagonistes. Une écriture évocatrice, poétique, sensible et brutale à la fois et surtout interactive dans la douleur, dans la folie, dans l’amour extrême et destructeur. Vous l’aurez compris, Vanda, c’est du noir, du lourd, du puissant où les sentiments sont exacerbés, où l’espoir n’a pas lieu d’être, où la solitude fait foi. Ce roman frappe par sa réalité sociale et nous parle de la place de l’enfant, des liens filiaux et d’amour maternel, bien entendu, avec tout ce que cela peut avoir de beau mais aussi d’excessif et d’ambigu.

Un drame poignant, moderne, contemporain, un roman sombre, incisif, bien écrit, que je vous conseille de lire.

L’auteur : 

Née en 1976, Marion Brunet vit actuellement à Marseille. Après des études de lettres et quelques tentatives d’exil – Madagascar, Budapest –, elle travaille pendant plusieurs années comme Éducatrice Spécialisée en foyer d’accueil pour enfants avant d’exercer en psychiatrie dans un hôpital de jour pour les adolescents. Elle anime en parallèle des ateliers d’écriture au sein d’une compagnie théâtrale, pour les comédiens et divers groupes d’écoliers et de collégiens. Elle est lectrice pour diverses maisons d’édition et anime des rencontres littéraires auprès des scolaires. En 2013, elle publie son premier roman, Frangine, destiné aux adolescents (lauréat du prix 12/17 de Brive, sélection du prix Littérados 2014 de Strasbourg…). Reconnue pour ses romans « young adults » (Dans le désordre, 2016 ; Sans foi ni loi, 2019), elle a été fortement remarquée avec la parution aux éditions Albin Michel de L’été circulaire, Grand Prix de littérature policière 2018 et Prix des libraires du Livre de Poche 2019.

Le détail :

Dans Vanda (Albin Michel), Marion Brunet parle d’un sujet qu’elle connaît bien : la psychiatrie et les relations infanto-juvéniles, ayant travaillé pendant plusieurs années comme Éducatrice Spécialisée auprès d’enfants en difficultés.

La parenthèse :

Si vous aimez les romans noirs psychologiques qui traitent des relations mère-fils, comme Vanda, je vous conseille Plus jamais sans elle de Mikaël Ollivier.

Murielle Trouve pour MassCritics

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