Your lie in April (Naoshi Arakawa)

une magnifique romance entre deux passionnés de musique aux antipodes l’un de l’autre… 16/20

Le synopsis:

 
Your lie in April nous présente l’histoire de Kôsei Arima, un jeune virtuose du piano, âgé de 14 ans. Durant toute son enfance il a été poussé par sa mère à développer son art. Mais la situation bascule lorsque, suite à la mort de celle-ci, il se voit incapable d’entendre la mélodie quand il joue, ce qui le conduit à abandonner le piano.
 

Extraits: 

 
« – Tu n’as que 14 ans ! Pourquoi tes yeux ne brillent pas !?
– Ben parce qu’ils sont noirs…
– Toujours aussi rationnel ! C’est une métaphore Kosei ! Ils devraient être remplis d’étoiles, un point c’est tout ! C’est comme ça quand on est jeune ! On rayonne ! On a les yeux qui pétillent ! »
 
« A travers les yeux de Tsubaki, je suis sûr que le paysage prend toutes les couleurs de l’arc en ciel!
Mais je ne suis pas comme elle… »
 

La critique

 
  Your lie in April est un manga intéressant à plus d’un titre.
Tout d’abord on est séduit par le graphisme. Même si, globalement, Naoshi Arakawa choisit un style assez académique, avec un tracé net et des lignes fluctuantes de manière à explorer toutes les facettes du réalisme (mis à part les tracés caricaturaux pour les scènes comiques), on est traversé par l’esthétisme qui embrase les planches. La version série animée accentue ce caractère avec une frénésie de couleurs vives qui rend le visuel très attractif.
 
Mais, on l’aura compris, le thème de ce manga, c’est la musique, la grande, celle qui va conduire le lecteur à écouter avec les yeux «la sonate à Kreutzer» de Beethoven ou encore le «Twinkle Twinkle little star» de Mozart. Et cette omniprésence de la musique est le ciment qui va permettre la construction de la relation entre Kôsei et Kaori. Kôsei, depuis 3 ans, ne peut plus jouer, ce qui le plonge dans un état de déprime constant: «Je hais le piano, dit-il. Mais sans le piano je suis vide, car je ne sais rien faire d’autre.» Cette taciturnité va contraster avec la spontanéité de la jeune violoniste qui, elle, va tenter de lui insuffler la transcendance qui permet à l’artiste de créer nonobstant les entraves.
 
Tout le charme de ce tome 1 porte sur la manière dont ces deux individualités vont parvenir ou pas à harmoniser leurs propriétés respectives. Leurs personnalités semblent en totale dysharmonie: il est sombre, effacé, bloqué, elle est lumineuse, fière et déterminée. Mais il en est de même de leur approche musicale: il est un virtuose discipliné, qui respecte à la règle les partitions; elle, en revanche, n’hésite pas à s’affranchir des codes imposés, à se réapproprier le morceau, paraissant même défier le compositeur.
L’essentiel de l’intrigue se déroule à l’auditorium Towa dans laquelle se tient une compétition à laquelle participe Kaori. Elle finit par imposer à Kôsei d’être son accompagnateur au piano pour les prochains tours. Que va donner cette association? Kôsei pourra-t-il enfin se débloquer et retrouver la complétude de son talent?
 
Que l’on soit amateur de manga, aficionado de musique classique, adepte de petites histoires romantiques et d’intrigues, indéniablement cette œuvre séduira un lectorat très hétérogène.
 

L’auteur

 
  Le mangaka, Naoshi Arakawa, est plutôt discret. Artistement il s’est jusqu’à présent cristallisé sur les shonen. Avant Your lie in April, on peut citer Sayonara Football et Tsumetai Kousha.
 

Détail et parenthèse

 
  En lisant ce tome 1 j’ai été frappé par le personnage de Kaori qui, il faut bien le dire, est mise en valeur par Arakawa, à travers sa beauté, son charisme, sa personnalité, les zooms sur les expressions de son visage, les plans de demi-ensemble qui la dépeignent au milieu de fleurs et d’oiseaux. La première fois que Kôsei l’aperçoit, elle est dans un parc avec 3 enfants, jouant du bugle pour faire venir les pigeons. Comme je l’ai indiqué, elle est pleine d’assurance, force qui transparaît par exemple dans cette phrase: «Ma musique est capable d’unir tous les êtres vivants.»
 
Mais d’où lui vient cette assurance?
 
Quand j’ai assisté à son interprétation de la «sonate à Kreutzer» à l’auditorium Towa, j’ai noté d’étranges correspondances avec les prestations scéniques de Nicolo Paganini, considéré comme le plus grand violoniste de tous les temps. Il suscitait à chaque fois l’euphorie des spectateurs, certains le disant même «possédé», d’où son surnom de Teufelsgeiger («violoniste du diable»). Quand Kaori entre en scène et commence à jouer, le public est d’abord subjugué par son audace, car elle se détache des règles pour réinterpréter le morceau à sa façon et, au final, elle déclenche un véritable engouement. Mais un détail a attiré mon attention. Juste avant de se présenter devant le public, elle prononce plusieurs mots énigmatiques: «Eloim Essaim Frugativi et appellavi.» La note en bas de page donne cette précision: «Incantation rendue célèbre au Japon par le manga Akuma-kum de Shigeru Mizuki.» Mais moi j’ai voulu en savoir plus sur cette incantation: il s’agit en réalité d’une prière adressée à un démon.
 
Quelle en fut consciente ou non, on comprend dès lors que son rapport à la musique est d’abord spirituel, et on retrouve ce sentiment contemplatif dans la séquence où elle croise un chat noir traversant la rue. D’aucuns se seraient sentis mal à l’aise, car c’est un signe de mauvais présage, mais elle, gaîment, court après l’animal. C’est l’intime conviction que la symbiose qui la lie à l’art musical la place sous la protection d’une puissance occulte, l’immunisant de fait contre le mauvais sort.
Cette conviction tranche avec Kôsei qui, lui, se sent totalement ballotté par les affres du destin.
 
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